L’identification à la personne ou les souvenirs identificatoires (3/3)

Au besoin, vous percevrez mieux l’implication phénoménale de notre conditionnement identificatoire si vous avez lu ou lisez (relisez) les deux précédentes chroniques consacrées à ce même thème, la première étant celle de février 2018 (n° 147). Cette troisième partie est une « synthèse » (un peu longue) qui inclut des éléments et des exemples qui se veulent parlants.

« Entre nous », cela ne vous est-il jamais arrivé de vous dire : « Mais au fait, pour qui est-ce que je me prends, moi ? » ? À moins que vous vous soyez entendu dire, en recevant (un peu) le message : « Eh dis donc, pour qui tu t’prends, toi ? ». Si vous avez effectivement fait cette prise de conscience à l’occasion, tant mieux, car vous allez très vite comprendre (si nécessaire), non seulement ce qu’est l’identification, mais encore – ce qui est plus ambitieux – ce que l’on entend par l’inexistence du « soi séparé », du « je pensant », de son irréalité ! Si je me dis « mais pour qui j’me prends », je suis donc bien conscient qu’en fait, je ne suis pas cela.

Autrement, réfléchissez un peu ! Il vous est certainement déjà arrivé également de vous sentir très concerné, par une chose ou une autre, concerné au point de dire ou de faire ce que vous ne diriez ni ne feriez en temps ordinaire. Ici, laissez de côté toute justification éventuelle et reconnaissez juste la possibilité d’un degré élevé de l’impression ou de la posture « être concerné ». Si vous me suivez, vous devriez pouvoir admettre tout autant, dans une circonstance donnée, la possibilité d’être moins concerné, de l’être beaucoup moins et mieux encore de ne pas l’être du tout. En effet, dès lors que l’on est conscient de l’intensité variable par exemple d’une peur, d’une réaction ou de toute posture, on devrait pouvoir sans peine envisager l’émoussement de cette intensité jusqu’à disparition totale de ce qui est éprouvé.

Comprenez néanmoins que ne pas se sentir concerné ne veut pas dire être indifférent, même si l’indifférence existe, bien entendu ! Sans se sentir concerné, on peut être tout à fait et pleinement présent à ce qui est, jusqu’à pouvoir intervenir au besoin. Ici, j’entends par « ne pas se sentir concerné » le fait de ne pas être pris réactionnellement, ni émotionnellement. Se sentir concerné, c’est se sentir interpellé, impliqué, apitoyé, perturbé, agressé, incriminé, lésé, nié, « responsable / coupable », etc. Se sentir (excessivement) concerné par un problème de toutes origines ou par quoi que ce soit, c’est en faire une histoire personnelle, le prendre personnellement. Se sentir concerné, c’est se prendre au sérieux, se donner de l’importance, se prendre pour ce que l’on n’est pas, se prendre…

Eh bien oui, pour se sentir concerné, il faut d’abord se prendre pour quelqu’un : « MOI je… ; ça arrive à MOI ; JE vous dis que… ; MOI, je sais bien que… ; je je je je, moi moi moi moi… ». Il s’agit de l’identification. On se prend pour quelqu’un, pour quelque chose ; on fait d’une réalité relative son identité, ce que l’on est/serait par-dessus tout. Reconnaissons qu’en l’occurrence, le « je » éprouvé et proclamé n’est de loin pas synonyme de paix ni d’amour. Oui, même la façon dont on éprouve et arbore « je », le « je », n’est pas toujours aussi prononcée et « l’éprouvé » peut donc aussi se dissoudre complètement. Là encore, utilisons des exemples qui montrent à la fois le phénomène et la possibilité de le vivre à des degrés variables.

Peut-être avez-vous dans votre entourage ou sinon déjà connu des gens plus ou moins identifiés à leur rôle, à leur métier : instituteurs, infirmiers, bricoleurs, experts de tout poil, etc. Ce sont des gens qui pratiquent leur spécialité hors contexte, d’une façon qui peut en effet être plus ou moins exubérante, démonstrative. On peut aussi évoquer les personnes dont on devine la profession dès le premier contact. C’est un peu comme si elles portaient un déguisement qui est facilement identifiable.

C’est ce même phénomène qui pousse certains à porter un jugement sur à peu près tout et bien sûr à le faire savoir, à l’imposer. En revanche, on peut être très surpris en apprenant le rôle, le travail ou les prédispositions d’une certaine personne, précisément parce qu’elle n’y est pas du tout identifiée, qu’elle se présente sans « costume », telle qu’elle est. Ayons justement à l’esprit des gens qui peuvent vivre des circonstances semblables aux nôtres et qui ne les « JEisent » pas, ne les personnalisent pas comme nous le faisons, qui ne les incorpore pas !

De même que vivre les choses sans l’impression d’être concerné n’implique pas la distance ni la froideur, de même l’absence d’identification ne parle pas d’incompétence ni d’inefficacité. Entre deux instituteurs, le plus pédagogue n’est pas forcément celui qui se prend pour un instituteur (qui se prend au sérieux, qui joue, avec gravité) ! La mère la plus aimante, la plus maternelle n’est pas forcément celle qui joue son rôle 24 heures sur 24 et dont le mari préférerait peut-être retrouver son épouse de temps en temps ! Comme nous l’avons déjà vu avec les deux précédentes chroniques, l’identification marquée à qui ou à quoi que ce soit est problématique à bien des égards.

Plus on est identifié, s’identifie, plus on est porteur de maladresse, d’intentions incongrues, de postures dysfonctionnelles, de pensées délirantes. Ajoutons que c’est une réalité humaine dont il serait vain de faire un problème et que nous sommes tous la proie d’identifications dans un domaine ou dans un autre. Pour l’instant, contentons-nous de bien saisir ce que signifie « être identifié ». C’est un point important car il ne s’applique pas seulement aux apparences, à son corps, à son métier, aux divers rôles que l’on est appelé à jouer.

On peut vivre toute interaction sans les étiquettes identificatoires jeune/vieux, vendeur/client, averti/novice, enseignant/élève. Vous pouvez être parent, êtes ex-enfant quoi qu’il en soit, femme ou homme, valide ou handicapé, travailleur ou chômeur…, reste à savoir à quel degré vous y êtes identifié, vous le mettez en avant, vous en servez, le déplorer… Par exemple, si vous faites dépendre le respect du rôle que vous jouez, du corps ou de l’âge qui est le vôtre, vous avez probablement un certain degré d’identification. Se prendre pour quelqu’un est préjudiciable et le langage populaire ne s’y trompe pas : « Pour qui il se prend, lui ? Elle ne se prend pas pour de la m… ! Arrête de jouer les victimes ! Elle (il) ne peut pas s’empêcher de faire le gendarme ! De quoi tu t’mêles ?… »

De même qu’être identifié à une personnalité donnée, c’est se prendre pour celle-ci, de même se sentir concerné par un incident, par exemple, c’est le prendre, le prendre pour soi ou contre soi. Se prendre pour ses pensées, ses expériences, ses émotions fait mal, mais nous ne percevons pas que nous fonctionnons ainsi. Pour être affectés par ce que nous dit ou nous fait autrui, nous devons le prendre contre nous, Nous sentir directement visés, concernés. Être pris et prendre, c’est continuer de rêver, de cauchemarder, d’être identifié, d’accréditer le sentiment des sois séparés.

Plaintif, rebelle, envieux, bougon, bricoleur, homo, SDF, paysan, médecin, artiste, adepte d’un leader… souvent, notre identification ne fait pas de mystère ! Personnellement, j’aurais pu m’identifier à un aveugle, je n’en ai rien fait. J’ai fait guère mieux en l’occurrence : je me suis identifié à quelqu’un qui n’avait pas de handicap, niant donc ainsi la réalité. De surcroît, je suis longtemps resté identifié à quelqu’un qui dérangeait, était un problème, qui ne pouvait prétendre à rien, ni surtout au partage.

Mais qu’en est-il pour vous ? Vous êtes-vous identifié à un honteux, à une victime, à un malchanceux, à une autorité, à un intrus ou comme n’étant personne ? Oh, d’une certaine façon, on peut dire que l’on n’est personne, mais il n’est pas pour autant nécessaire de se prendre pour personne !… Toute identification est pernicieuse. Se savoir naître personne (désidentification) est une réalisation heureuse, toute autre que la tendance à SE PRENDRE pour personne. Dans l’état de présence, ce n’est même pas que l’on se sait n’être personne, mais on a surtout cessé de se prendre pour quelqu’un.

Oui, on « se prend pour quelqu’un qui … » (ceci, cela), mais le problème est déjà dans le fait de « se prendre pour quelqu’un ». Pourquoi se prendre pour quelqu’un ? Et l’on peut même aller plus loin : le problème n’est pas tant de se prendre pour quelqu’un qui.., ni même de se prendre pour quelqu’un, mais tout simplement de « se prendre » car quand on se prend, on est pris ! Et, peut-on dire, « tel est pris qui croyait prendre ». « Se prendre », c’est se chosifier. Serions-nous une chose, même la plus précieuse ? Une chose est relativement figée, statique, inerte ; elle est objet et non pas sujet…

Alors, pouvez-vous réaliser que le degré où vous vous sentez insatisfait, par exemple, dépend du degré auquel vous vous sentez concerné par la circonstance incriminée ? Et pour vous sentir à ce point concerné, à quoi vous identifiez-vous, à quoi êtes-vous identifié ? Si je me prends pour une victime, par exemple (identification), je vais cultiver beaucoup d’attentes et me sentir particulièrement concerné là où il pourrait « être question » d’obtenir quoi que ce soit (attention ou biens matériels). Je ne me rends pas compte que mon seul positionnement repousse les gratifications, éprouvant beaucoup d’attente et… beaucoup de frustration !

La non-identification au corps peut avoir fait place à une identification mentale très puissante qui pourrait être moins facile à repérer. Quand ses opinions fondent l’image de soi (identification), il y a malaise si elles sont contestées ou simplement dédaignées. Quand l’opinion est identificatoire, à l’extrême, quiconque ne la partage pas devient l’ennemi à « abattre ». C’est la guerre ! La façon de vivre ses opinions étant dictée par son conditionnement, chacun s’exprime inévitablement de la façon propre au sien.

L’identification constitue le sentiment de « soi séparé » (le quelqu’un) et la projection le confirme et le renforce. On est quelqu’un quoi qu’il en soit, mais se prendre pour ce quelqu’un est un rajout inutile et qui engendre de la souffrance. On fonctionne très bien, on fonctionne beaucoup mieux, sans se prendre pour quelqu’un. Soit on se donne entièrement à la tâche que l’on accomplit, lui offrant toute son attention, soit on est dans le souci de jouer son rôle, de le manifester, de « l’être », donc identifié, et beaucoup d’attention fait alors défaut à la seule tâche.

Pendant onze ans, j’ai eu une chienne-guide, adorable, efficace. Guidé par ma chienne, je ne me suis jamais cogné (pas une seule fois, sinon les deux fois où, « me croyant plus malin », je n’ai pas voulu suivre le décalage qu’elle me faisait faire). À l’évidence, jouant son rôle à la perfection, mon guide à quatre pattes ne se prenait pas pour un chien-guide, ni pour quoi que ce soit d’autre… Votre chien ne se prend pas pour un bon ni un mauvais chien, ni même pour un chien, et c’est probablement… un bon chien !

J’ai observé qu’avec la plupart des enfants qui m’ont guidé, j’ai fait la même expérience qu’avec ma chienne. Manifestement, l’identification s’installe ou s’intensifie avec le temps. Certains qui m’accostent dans la rue pour me guider se présentent en bon samaritain, en l’occurrence en « guide d’aveugles », et toute leur attention est alors utilisée principalement à faire en sorte que tout passant éventuel voie leur « grande bonté ». D’autres m’abordent en « incapables », identifiés à quelqu’un d’inapte, comme si guider un aveugle requérait un diplôme ou une longue expérience. La plupart des aidants sont de belles âmes, généreuses et discrètes !…

  • Se sentir concerné, prendre personnellement, s’imposer, s’effacer, c’est ce que l’on fait quand on est et reste identifié, quand on se prend pour quelqu’un, quand on est animé par le sentiment d’un « soi séparé.
  • Se sentir concerné par quoi que ce soit, prendre personnellement quoi que ce soit, s’imposer face à qui ou à quoi que ce soit, s’effacer en quelque circonstance que ce soit, c’est ce que l’on fait quand on est et reste identifié, peu importe à qui ou à quoi, quand on se prend pour quelqu’un, qui que ce soit, quand on est animé par le sentiment d’un « soi séparé (seul ou face à autrui).

Est-il difficile de comprendre que le « je » que nous ressentons et affirmons est saturé de notre conditionnement et qu’il varie donc en intensité au gré des circonstances ? Ce « je » est faux, ne serait-ce que parce qu’il est réactif et temporaire, parce qu’il disparaît même en bien des circonstances… Le « vrai je », le « je conscience » reste inchangé quel que soit notre âge et les situations. Il reste identique en tout temps et en tout lieu…

Remarquez bien que ce sont des impressions et des postures qui sont ici relevées et non pas les circonstances qui les révèlent, qui en témoignent. Pour bien me suivre, rappelez-vous encore que ces impressions et postures peuvent être plus ou moins vives ou manifestes. Ainsi, à un certain degré, nous avons tous à composer avec ce phénomène invalidant, étayé par le penser compulsionnel et attrayant, phénomène qui est l’apanage des seuls humains. Il semble qu’aucun animal n’en souffre, qu’aucun animal ne mette en avant un « je »… Le nôtre est très variable, fonction de l’humeur et des éléments de son histoire auxquels on reste attaché et qui n’est donc rien de plus que de la pensée et une impression.

Ici, nous parlons bien du « je » illusoire qui cause du mal de vivre. Il s’agit du « je » dont on dit qu’il n’existe pas ou qui n’existe que sous forme mentale et émotionnelle. C’est le « je » pensé, ressenti, éprouvé, affirmé, arboré ou parfois aussi autoannihilé (selon sa blessure). Il est constitué des impressions et postures que nous considérons dans ces pages. Il est longtemps difficile d’envisager l’irréalité de notre « je ordinaire », bien que nous ne le vivions pas toujours avec la même intensité, ni avec la même suffisance. Par exemple, quand je dis que « je » suis contrarié, quand « je » me sens simplement contrarié, tout en le déplorant d’une manière ou d’une autre, qu’est-ce que je dis, qu’est-ce qui est dit en réalité ?

La même question peut se poser si vous dites : « Je suis débordé (e) ; JE n’arrive à rien ; JE n’ai pas de chance ; JE n’ai pas ma place ; je ne me sens pas aimé(e)… » Qui est ce « je » ? Où est-il ? Peut-on le localiser et le sentir vraiment si on le dépouille des impressions et postures susmentionnées ? Essayez, vérifiez-le ! Où est le « moi » si impliqué quand il y a un malaise ou simplement un flot de pensées ? Trouvons-le avant de prétendre résoudre son problème ! N’est-ce pas « difficile » de résoudre un problème sans savoir qui l’endure ?

En fait, on ne peut pas plus trouver ce « je » identificatoire qu’une pensée ou qu’une impression car il s’évapore dès qu’on le reconnaît, exactement comme disparaît une ombre sur laquelle on braque de la lumière. Essayer de maintenir son attention sur le « je pensant », le « je souffrant », le « moi séparé », c’est comme essayer de la maintenir durablement sur n’importe quelle pensée. Le problème, gros problème, c’est qu’au lieu de se rendre compte qu’en effet, ce « je-là » n’existe pas, on continue de le chercher, donc d’y croire en quelque sorte !

S’il y a contrariété jusqu’à dire que « je » suis contrarié, c’est qu’il y a surtout une impression suffisante d’être concerné (par quoi que ce soit), quelque chose que je prends personnellement, ce à partir d’un « quelqu’un » depuis longtemps autoproclamé. On pourrait dire que ce « quelqu’un » est un état réactionnel. Un sentiment viscéral de culpabilité et un état réactionnel marqué sont les deux extrêmes de tout conditionnement identificatoire, abusivement nommé « je ». La mauvaise foi, la duplicité, l’état réactionnel, le positionnement conditionné, l’ego, le soi séparé, l’identification, le « je pensant », le « je historique », le « moi illusoire », le rêve ou le cauchemar sont souvent synonymes.

Le « je » que nous exposons est composé d’une vieille histoire, d’une histoire passée rejouée à chaque exposition, d’un conditionnement spécifique, et ce conditionnement est superficiellement notre existence actuelle blessée à son début. Nous ignorons trop longtemps que notre blessure principale constitue l’essentiel de notre conditionnement, de notre mal-être, de notre identification. Notre blessure principale participe beaucoup de l’identification à ce que nous ne sommes pas et sa reconnaissance est un apport inestimable. La reconnaissance par expérience directe que le « je souffrant » ordinaire, lequel est aussi le « je pensant », n’a pas de réalité durable produit un effet libérateur inoubliable. Or, on ne vivra pas cet effet-là tant que l’on « prétendra » au « je souffrant/pensant » ou continuera de le chercher…

Moins on a reconnu sa blessure (ses blessures) ou son conditionnement et plus on l’affiche lors de toutes ses interactions avec le monde. « JE… JE suis. Non, JE suit car, en effet, nous suivons ! » Nous ne pouvons rien faire de mieux que suivre, parce qu’étant tombé dans le « mental pensif », y retombant sans cesse, nous sommes positionnés comme si nous étions une « petite chose », une entité limitée, en fait une marionnette dont le marionnettiste est ensemble une habitude, une dynamique, une prétention égoïque…

Comme dans « JE pense que », l’emploi ordinaire du « je » fait clairement étalage de l’identification à ce que l’on n’est pas. Indépendamment de toute volonté, les pensées qui passent sont perçues, souvent monopolisées, et ce n’est pas vrai qu’un « je » en décide, qu’un « je » pense. Du reste, pour ma part et bien souvent, si « je »… pensais, je choisirais d’autres pensées ou même de ne pas penser du tout. Et avec les pensées, les choses se passent ainsi, parce que n’existe pas le « je » tel qu’on l’appréhende. Non, il n’existe pas ! 

En fait, le « je » prétendu est une sorte de fantôme qui ne risque pas d’effrayer grand-monde car il ne rencontre que d’autres fantômes, disparaissant généralement face à la présence, face à la lumière. Le « je pensant » fuit la réalité car pour lui, tout autre chose est mourir. Être identifié, c’est se prendre pour qui l’on n’est pas, être positionné comme si l’on était concerné par ce qui est pensé et éprouvé. Ainsi, un jugement n’est rien d’autre qu’une pensée avec laquelle on est fortement identifié : « C’est MOI qui pense que… ». Et l’on affirme, impose son jugement comme extrêmement important, avec gravité, parce que l’on vit son « je pensant » comme le plus important ! Il est tout à fait possible de reconnaître les réactions qui surgissent aussi bien que les pensées qui passent sans plus se sentir concerné.

Dans un groupe d’enfants sans présence adulte à proximité, il s’en trouve parfois un (souvent l’aîné) qui joue volontiers le rôle du grand, s’identifiant donc à « l’adulte autoritaire ». Certes, il pourrait être simplement animé par un sens naturel de responsabilité, être comme à l’écoute du bon sens, mais il peut aussi se prendre compensatoirement pour ce qu’il n’est pas. Il semble bon de jouer au grand comme il semble bon à tout autre (grands inclus) de jouer à ce qu’il joue (une autorité ou un « subisseur »).

Or, nos « jeux identificatoires » d’adultes ne s’arrêtent pas ou nous nous empressons d’y rejouer très vite quand une circonstance nous en a utilement écartés. Nous retrouvons notre « je » fabriqué, conditionné, un peu comme l’accro à l’écran, par exemple, reprend à la hâte sa souris ou sa télécommande. La dépendance littérale au penser donne simultanément vie à un « je » forcément séparé et illusoire. Et, bien sûr, nous restons identifiés sans nous rendre compte que nous en attendons en vain certains effets particuliers.

Croire ou vouloir produire un effet, c’est être identifié à divers rôles et, plus simplement, subir l’idée fabriquée d’être quelqu’un. Par ailleurs, prendre ce que nous ressentons face à autrui comme s’il en était responsable nous permet de maintenir également l’illusion qu’il y a quelqu’un « dehors ». Plus nous sommes positionnés comme étant quelqu’un, plus nous avons à composer avec d’autres « quelqu’un ». La prise en compte de combien nous projetons, pouvons projeter sur telle ou telle personne, voire sur tout un groupe, montre notre tendance à fabriquer du « quelqu’un », des « quelqu’un ». Et quand ce « quelqu’un » est soi-même, on n’est pas moins à côté de la plaque…

La façon dont on vit la sortie d’un rêve ou mieux encore d’un cauchemar peut également donner une bonne idée de ce que signifie être identifié. Au réveil d’un cauchemar, on peut rester pris quelques secondes, quelques minutes ou plus, comme si l’on était le personnage du rêve. On parle d’identification, mais on devrait dire « collage » ou même « fusionnement », car des choses sont endurées comme seconde nature. L’identification finit par être intégrée au point qu’il devient généralement très difficile de la dissocier de ce que l’on est en réalité.

La façon générale dont nous nous sommes sentis traités dès le début de notre existence a façonné un personnage auquel nous nous sommes identifiés. Ainsi, l’identification à la personne provient d’une vieille histoire, la personne n’existant mentalement qu’au cœur de cette histoire. Et l’identification est surtout devenue un attachement, un attachement mental qui est aussi devenu un attachement émotionnel. C’est alors parce que l’on cherche à satisfaire ce que l’on n’est pas, comme son corps par exemple, que l’on n’est jamais durablement satisfait. Tant que nous demeurons identifiés à nos problèmes, nous ne pouvons les résoudre car sans ces problèmes, nous « n’existerions plus » (croyance). 

On s’identifie en pensant, mais on n’est conscient ni de s’identifier, ni de penser incongrument. Par exemple, si vous êtes particulièrement beau (belle), riche, instruit(e), compétent(e) ou si vous êtes le contraire, de quoi vous identifier s’y trouve « au besoin ». Le phénomène « identification » est manifesté par le penser compulsif et mieux encore par le crédit ou l’importance accordée aux pensées. Les pensées seules ne sont pas un problème si l’on ne s’en empare pas, si l’on ne s’y perd pas, si l’on n’y adhère pas, si l’on ne s’y identifie pas. 

En elle-même, l’identification n’est pas non plus un problème, mais l’ignorer, l’encenser, la revendiquer, la justifier ou la défendre est périlleux. Nous avons tous une posture identificatoire, difficile à reconnaître, parce que nous l’avons toujours endurée comme fait établi. Si l’on s’identifie ouvertement à une « bonne personne », par exemple, c’est que l’on est inconsciemment identifié à une « mauvaise personne ». Accéder à sa honte et/ou à sa culpabilité, c’est toucher son sentiment identificatoire profond sur lequel repose tout son conditionnement. Reconnaissons l’évidence de ce dernier ; reconnaissons qu’il nous complique notre existence, mais notons aussi les circonstances où nous ne le subissons pas. C’est important !

« Entre nous », cela ne vous est-il jamais arrivé de vivre un instant, des instants de grande sérénité, d’appréciation, de vous sentir en paix et même dans l’amour ? En pareille occasion, peut-être avez-vous vu, reconnu quelque chose pour la première fois. Peut-être avez-vous dit ou fait quelque chose de complètement nouveau, quelque chose qui a été inspiré, qui a été juste, vrai et bon. Or, qu’est-ce qui a vécu ça et qu’est-ce qui peut en rendre compte ? Vous, autrement dit le « je conscience », le « vrai je ».

Dans le même sens, des émerveillements qui auraient pu vous laisser sans voix, autrement dit sans penser, renvoient également au « je conscience ». Quand on peut aisément associer « son je » à la paix et/ou à l’amour, on est très proche du « je conscience »… Faites bien la différence entre le « je pensant », le « je réactif », qui n’est qu’une expression de l’impression du « moi séparé conditionné », et le « je observateur », le « je appréciant », qui est une manifestation du « je conscience », du « je présence », de l’Être…

Le « je conscience » est la présence, le sans-forme riche de potentiels, le Divin, ce que nous sommes tous et que nous manifestons davantage ou différemment quand tombe l’illusion du « je historique ». Il y a le « je conscience » et le « je historique », le premier est ce qui contient et le second ce qui est contenu. Quel « je » manifestons-nous ? Nous partageons le même « je », mais nous le travestissons et l’utilisons pour maintenir et renforcer une impression de séparation. Il est si fortement éprouvé et affirmé que sont projetés devant « soi » d’autres « je », lesquels sont alors envisagés comme rivaux, inférieurs, supérieurs, hostiles, voire très dangereux.

Dans une certaine mesure, on résiste à reconnaître ses postures et tendances identificatoires ou à envisager la possibilité de les abandonner. Peut-être est-ce le cas pour vous-même ! Si vous n’êtes pas ce que vous pensez, si vous n’êtes pas ce que suggèrent vos vieux positionnements habituels, sachez surtout que déjà, indubitablement, vous êtes tellement mieux ! Vous êtes la Présence, la Conscience, la Paix, l’Amour. Vous êtes ce qui connaît l’amour, ce qui le reçoit (hors posture identificatoire), ce qui le propage, ce qui est à jamais pleinement épanoui. Sachez-le sans plus attendre que cela vous soit dit ou confirmé ! Percevez que ce savoir ne peut être outrageant, qu’il est bonté et douceur, sagesse et vérité…

Pour finir, j’inclus ici une liste de tweets sur le même thème (tweets déjà publiés ou non). Laissez-les vous parler !

  • Devenu identificatoire, notre conditionnement nous maintient dans des postures figées et nous voile la présence et la vérité. Nos postures sont surtout des impostures…
  • La façon dont on réagit par habitude découle de sa blessure, de son conditionnement, de son positionnement identificatoire.
  • L’état réactionnel adopté face à ce que l’on éprouve comme contrariété est la chose même qui la fait durer, qui retarde son dénouement (solution, guérison, dépassement).
  • Faisons sauter le verrou qui nous empêche de voir que nous sommes dans la réaction et que nous restons positionnés comme si nous étions ce que nous ne sommes pas, ne pouvons pas être.
  • Mieux que de juste reconnaître combien et comment on est dans la réaction, il est bénéfique de se rendre compte à qui ou à quoi l’on est identifié (que l’on reste identifié).
  • On ne peut pas abandonner durablement sa tendance à réagir tant que l’on maintient inconsciemment sa posture identificatoire.
  • Si l’on peut avoir du mal à reconnaître son état réactionnel chronique, on reconnaîtra d’autant moins sa posture identificatoire, son identification au « moi séparé conditionné ».
  • Pour voir l’irréalité du « moi séparé conditionné », il faut pouvoir au préalable reconnaître combien on reste positionné de façon identificatoire.
  • Vérifions à quel degré nous pouvons rester encore identifié à un abandonné, à un dévalorisé, à un maltraité, à un rejeté ou à un trahi, et reconnaissons-le, tout simplement !
  • Pour faciliter la reconnaissance de son identification, on peut remplacer l’abandonné par le fataliste, le dévalorisé par le non-méritant, le maltraité par le « plus malheureux », le rejeté par le malchanceux et le trahi par le maudit.
  • Résigné, soumis, plaintif, rebelle ou bougon, notre posture réactionnelle est moins identificatoire que ce à quoi l’on tient le plus.
  • Personne pratique, capable, serviable, experte ou importante, la posture identificatoire à laquelle on tient le plus est censée démentir celle que l’on déplore de façon plus ou moins inconsciente.
  • Notre positionnement identificatoire est toujours double : l’aspect manifesté, se voulant avantageux, est censé démentir un aspect caché qui parle de honte et/ou de culpabilité.
  • Nous ne souffrons pas de nous être identifiés au « je pensant illusoire », nous souffrons de nous identifier à lui d’instant en instant.
  • C’est parce que l’on doute soi-même de son identification que l’on s’emploie tant à faire en sorte qu’elle soit reconnue, validée, honoré, glorifiée… ou parfois démentie.
  • Quand il y a réaction, c’est le « moi identificatoire » qui est ou qui se sent négligé, offensé, agressé, contrarié, acculé, blessé…
  • Le besoin de reconnaissance, la peur de l’avenir, la honte, la culpabilité impliquent, révèlent l’identification, une impression de soi.
  • La première chose que l’on prend pour s’identifier (vouloir, réagir, projeter…) est l’idée folle de sa honte et/ou culpabilité, de sa condamnation.
  • On ne peut pas, par exemples, se culpabiliser, avoir honte, ni besoin d’être reconnu ou simplement comblé, sans se prendre pour quelqu’un, sans être identifié.
  • Rien d’étonnant à ce qu’il y ait du MAL-ÊTRE en cas d’épreuve puisqu’on y est identifié, y est mal, l’ÊTRE est traité mal.
  • S’identifier à quoi que ce soit, c’est forcément ÊTRE MAL, se positionner mal, MAL ÊTRE et en éprouver du MAL-ÊTRE.
  • Le « moi séparé » existe d’une certaine manière en tant qu’impression et/ou que pensée, en tant que posture, mais il reste introuvable en tant qu’entité réelle.
  • Il peut bien y avoir peur, honte ou culpabilité, par exemple, mais le « souffreur » n’existe pas et c’est si vrai qu’il n’est qu’une impression qui va et vient.
  • Nous devons constater, par expérience directe, la non-existence du « moi conditionné » ou réaliser qu’il n’existe que sous la forme d’une impression, d’une mémoire, d’une pensée…
  • Le « moi séparé », le « je capricieux » est une couche mentale, l’emballement grossier d’un trésor, le voile de la présence et de l’amour…
  • L’identification est une rupture d’avec soi-même, d’avec sa véritable nature, et une séparation d’autant plus marquée d’avec son entourage, d’avec le monde.
  • Dès lors que l’on s’identifie à quoi que ce soit, que l’on se distingue ou que l’on s’invalide, on se sépare forcément, on confirme la séparation.
  • Identifié à une image de soi-même, on tente forcément de l’embellir, d’en faire quelque chose, et c’est souvent pire que de la chirurgie esthétique.
  • L’intérêt « incongru » pour la chirurgie esthétique révèle une identification au corps, mais bien d’autres attentions « excessives » en témoignent pareillement.
  • L’étalage de ses connaissances, avec ou sans diplôme à l’appui, révèle une identification au mental, au penser, mais bien d’autres choses en témoignent pareillement.
  • Nous pouvons adopter des postures identificatoires variables et différentes, et vivre des moments où toutes sont laissées de côté, ce qui devrait permettre de les reconnaître pour ce qu’elles sont.
  • Quand la peur est là, par exemple, il est possible de l’observer comme étant reliée à rien ni personne, comme n’étant qu’une onde autonome.
  • On pourrait percevoir la peur qui surgit, par exemple, comme une pensée qui passe, mais on s’en saisit, s’y agrippe, la personnalise, la « JEise », ce que l’on fait, il est vrai, également avec les pensées.
  • On a forcément à composer avec une personnalité, mais on n’est pas obligé de s’identifier à celle-ci : on a une personnalité, mais on n’est pas sa personnalité.
  • On devrait pouvoir comprendre l’identification à la personnalité en observant qu’elle est plus ou moins marquée d’une personne à l’autre.
  • Nous sommes tous des « pompiers pyromanes », provoquant les circonstances qui nous permettent de réagir comme on aime réagir ou de jouer notre rôle (identificatoire).
  • Quelle que soit la façon dont on vit sa personnalité, son identification, le « je conscience » demeure inchangé, pur, riche de tous les potentiels.

 « Je suis un altruiste », « je suis un problème », par exemple : non, ni l’un ni l’autre, « je suis », « je suis-je », « je » !

  • Je ne suis pas mes expériences passées, ni même celle du moment, je suis ce qui les perçoit, je suis ce en quoi l’expérience se déroule.
  • Ce que l’on est, la conscience d’être n’est pas à définir mais à vérifier en soi en l’absence de tout investissement mental.
  • On n’a jamais été aussi peu identifié à quoi que ce soit quand on a reconnu, sans rien en penser, que l’on y était effectivement identifié.
  • Il est forcément préférable de se positionner à partir de la conscience que nous sommes, à partir de la présence, plutôt que pour tenter illusoirement d’embellir une image identificatoire.
  • On se libère à chaque fois un peu plus quand on reconnaît (sans le moindre jugement) l’une ou l’autre de ses postures conditionnées, identificatoires.
  • « Il est rare que les individus s’éveillent une fois pour toutes sans plus retomber dans l’identification à la forme, aux pensées… » (Eckhart Tolle). 

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