Une illustration

Le regard qui transforme – Oui, regarder transforme – Robert Geoffroy

Regarde bien, écoute beaucoup, parle peu
(E. PAILLERON)

Il vous est certainement arrivé de sourire à un inconnu dans la rue ou les transports en commun, à un proche que vous saviez en peine ou à un petit enfant croisant votre chemin. Lui souriant, que faisiez-vous ? Vous le regardiez, vous lui accordiez votre attention et vous le respectiez ou vous le considériez.

Probablement, l’inconnu, le proche ou le petit enfant vous a répondu par un autre sourire. Alors, une fois parmi d’autres, vous avez là expérimenté l’effet de votre regard. En pareille situation, vous n’y pensez même pas, mais vous savez bien que votre sourire offert fera son œuvre. N’est-ce pas cette connaissance qui nous fait montrer les gros yeux parfois ? Là, quel effet voulons-nous produire ?

Ce sourire en retour que vous avez vu, reçu, parce que vous avez regardé, est-il en vous resté sans effet ? Un regard noir à notre attention risque fort de nous affecter. Oui, le regard transforme !

Regarder son problème, lui accorder son attention, le respecter, le considérer vraiment, aboutit au même effet heureux. Le nier, l’ignorer, le dédaigner (= « le regarder avec dédain ») sera pour une autre expérience.

Je me souviens d’une consultation, donnée à une mère en peine, qui reste pour moi une illustration touchante du regard qui transforme.
Les conflits de cette maman avec son fils étaient terribles – elle verra plus tard qu’elle vivait souvent les mêmes avec son mari, qu’elle les avait d’abord vécus avec son père.
Ah, que ce fut délicat de l’amener à reconnaître, à regarder la haine qu’elle vouait à son enfant ! Elle s’en sentait tellement coupable !

Mais elle a vu, parce qu’elle a fini par regarder, par accepter de regarder. Elle a vu sa peur de l’homme ; elle a vu ce qu’elle croyait, ce à quoi elle s’attendait ; elle a vu sa blessure. Et qu’imaginez-vous qu’il advint ? Qu’allait-elle trouver derrière cette haine bien contrôlée, pour son propre enfant ?
Se permettant de voir qu’elle n’aimait pas son fils, sans plus se juger maintenant qu’elle comprenait, son cœur s’est ouvert et l’amour pour son enfant a jailli de là où il n’avait jamais cessé d’être. Oui, regarder transforme !

Le regard qui transforme est celui qui permet de voir vraiment, de voir enfin. Ce qui est vu, avec intention, produit un effet, des impressions, permet de les ressentir enfin en conscience. Ce regard-là est dépouillé de tout jugement. L’expérience ainsi et enfin permise aboutit à la transformation.
Pour le pire ou le meilleur, le regard transforme et celui qu’évoquent ces pages est celui qui dissipe notre aveuglement, avec lui les ombres de notre passé.
Ah, conscient du pouvoir transformateur du regard, découvrant la dureté du vôtre, sur vous-même, qu’allez-vous maintenant transformer dans votre existence ?

Et ce « regard qui transforme » est encore celui qui permet de prendre utilement conscience de sa nature essentielle. Dans la rubrique « Ce que j’ai écrit un jour », l’article « Expérience d’éveil » en est une possible illustration.

Le regard dont je suis privé me dit toute la valeur de ce à quoi il invite… à la présence.
(Robert Geoffroy)