La présence, l’état de présence, la présence sciemment manifestée

On vit comme on vit, on vit ce que l’on vit au quotidien à partir d’un état de conscience général et il ne nous vient jamais (sinon exceptionnellement) de le considérer un peu, ni surtout d’envisager que l’on pourrait en manifester un autre. Il s’agit là de ma première prise de conscience « psychospirituelle » que je me rappelle. J’avais environ 18 ans, j’éprouvais une forme de dépression et je me formulais clairement qu’une toute autre expérience était envisageable… C’était pour moi une évidence !

Puisque nous sommes et restons conditionnés, notamment par nos « blessures d’enfant », puisque nous sommes « souvent » réactivés sur le plan émotionnel et que nous recherchons sans cesse de quoi compenser, sinon réagir, il est ordinairement utile et même nécessaire que nous nous intéressions de près à notre conditionnement spécifique. Bien sûr, il s’agit de nous en libérer, mais c’est déjà au passage un prétexte pour retrouver la présence, pour « la dévoiler ». L’investissement libératoire requiert d’être conscient de ses ressentis et c’est (sans même y penser) répondre à l’invitation à être présent à ce qui est, ce qui est en soi ici et maintenant étant souvent en l’occurrence du ressenti douloureux et également des postures réactionnelles.

Cela étant précisé, que nous soyons ou non concernés par du mal de vivre, par des épreuves auxquelles nous pourrions résister, le rappel de la présence reste essentiel. C’est évoquer ou tenter d’évoquer ce que nous sommes par nature. L’invitation à être conscient d’être conscient, autrement dit de qui nous sommes, demeure la priorité, notre ultime raison d’être. Juste maintenant, sans plus tarder, mettons notre attention sur l’énergie qui circule dans notre corps, dans nos mains, dans nos pieds ou dans n’importe quelle autre partie du corps. Ressentons, reconnaissons la vie qui s’écoule, sans faire de commentaires ! Ici, nous basculons (sans le dire) du monde des apparences, du bruit extérieur et même du bruit mental, à ce qui nous mène à la réalité la plus essentielle et pourtant la plus dédaignée par la grande majorité des gens.

Avec l’observation qui est ici sollicitée ou plutôt permise, une sorte de silence est perçue, une forme de tranquillité, ou un espace devenant de plus en plus vaste est reconnu de même. Avec l’observation maintenue, le silence s’approfondit et l’espace s’agrandit. Pour rendre compte de ce qui « répond » à l’invitation suivie, les mots sont maladroits et, en définitive, ils n’ont pas d’autre but que de répéter encore l’invitation. Quiconque suit cette invitation, autant qu’il le peut, connaît ce qui se passe alors pour lui bien mieux qu’en lisant quoi que ce soit à ce sujet. Et d’ailleurs, ce qui se passe souvent, au début, reconnaissons-le, c’est que l’on résiste à suivre l’invitation et que l’on reste dans sa tête, pris par ses pensées. Mais si on le voit, le reconnaît, tout est bien ! C’est (en) être conscient alors qu’autrement, on n’est conscient de rien du tout.

En me retrouvant la première fois dans l’eau (à la piscine), en faisant seul à seize ans (aveugle) un premier long voyage en train, en vivant seul à vingt ans et pendant trois semaines dans un appartement souterrain (expérience en physiologie pour un institut allemand), étant laissé sans notion du temps et livré à moi-même, en escaladant en tandem le Mont-Ventoux (près de deux heures et demie), j’ai à chaque fois fait une expérience qui était bien au-delà de ce que l’on avait pu m’en dire ou de ce que j’avais pu imaginer. Si les mots traduisent mal des ressentis, des expériences humaines, ils sont encore plus maladroits pour évoquer l’être, la présence, ce que nous sommes, ce qui est au-delà du penser et du ressentir.

Plus je me rappelle la présence, à des moments privilégiés, plus je peux me la rappeler encore quand je risque de me laisser mentalement embarquer dans ce qui se passe autour de moi, lors de certaines interactions ou même par des pensées qui ont longtemps été perturbatrices. Quelle que soit l’activité personnelle ou environnante, il s’agit de permettre des instants sans penser de plus en plus nombreux, voire de plus en plus prolongés. Telle est mon intention, la seule. Ensuite, il se passe ce qui se passe et je ne lutte pas ; je l’accepte, véritablement ! J’avais oublié que ce ne fut pas toujours le cas. On peut mettre du temps à reconnaître des « progrès » accomplis et c’est bon de les voir ! J’ai noté que les moments où je me sentais le plus épanoui étaient comme hors du temps, parce que j’étais plus pleinement présent, sans l’agitation mentale habituelle.

Êtes-vous conscient, juste maintenant ? Ne lisez pas seulement la question, ayez l’intention d’y répondre, pour vous-même ! « Suis-je conscient ? » En principe, tout le monde va répondre « oui » et qu’est-ce qui précède la réponse ? Ne serait-ce qu’une fraction de seconde, on a cessé de penser ou on a retiré le crédit habituellement accordé au penser. Eh bien, vous y êtes déjà, vous répondez déjà à l’invitation suggérée ou sous-entendue tout au long de ces quelques pages. Aujourd’hui et dans les prochains jours, reposez-vous très souvent cette même question, à chaque fois comme si c’était la première, et n’ayez si possible aucune autre intention ni aucune attente.

D’habitude, comme en étant en pleine discussion, nous ne faisons que penser, y compris ou surtout quand un autre s’exprime. Oh, en fait, on pense bien davantage en écoutant un interlocuteur que l’on pense alors que l’on s’exprime soi-même. C’est intéressant, vérifiez-le ! Si certains ne peuvent pas s’arrêter de parler, quitte à dire n’importe quoi, c’est aussi que ce faisant, ils pensent moins. Pour ne pas penser, d’autres s’enivrent, consomment diverses drogues dont l’un des effets passagers peut être l’accalmie mentale ou se mettent dans des situations limites qui requièrent toute l’attention.

Or, devenu conscient de la prépondérance mentale et se rappelant la présence de moment en moment, demeurant présent ne serait-ce que deux ou trois secondes à chaque fois, on connaît littéralement une toute autre dimension. En d’autres termes, lors d’un échange par exemple, disons que l’expérience vécue est très différente selon que l’on reste pris mentalement d’un bout à l’autre ou que l’on revienne sans cesse à la présence, à la conscience de l’instant présent.

Si vous ne connaissez pas encore cela, il vous faudra le tester régulièrement pour vérifier ce qu’il en est pour vous. Et soyez sûr qu’il s’agit d’une expérience que vous pouvez faire « tout de suite », qui ne vous demande pas je ne sais quelle « pratique » pendant des décennies ! On vit ou continue de vivre avec l’idée que la possibilité de juste être est un résultat à atteindre, que le futur est donc indispensable. Le futur, le temps ne concerne que la forme, que la manifestation physique, mais être, juste être, reconnaître un ressenti, c’est maintenant… Maintenant, vous lisez ou vous vous rappelez la question « suis-je conscient » et maintenant, le silence qui la suit est la réponse, juste maintenant. Juste maintenant, vous êtes présent, quoi qu’il en soit, et ici, vous l’êtes sciemment, maintenant !… Quant au temps qui passe, lui aussi, il passe maintenant.

Il arrive bien sûr que notre expression verbale soit très réactionnelle, qu’elle revienne presque à penser tout haut, un peu comme ces personnes que l’on peut croiser dans la rue ou les transports en commun et qui interpellent on ne sait qui ou le premier qui se présente devant elles. Ne jugeons pas trop vite ces personnes, apparemment inconscientes. À notre manière, nous pouvons faire comme elles et si ce n’est pas à haute voix, nous le faisons mentalement. Si nous nous permettons de nous rendre compte que nous nous laissons bien des fois prendre par des pensées saugrenues, nous verrons que nous pouvons effectivement manquer de conscience, nous aussi…

Cela étant dit, il est intéressant aussi de relever que beaucoup de nos expressions se font sans le penser ordinaire, sans le penser réactif, sans être ailleurs alors qu’est développé ce qui est à dire sur le moment : une réponse à une question, une demande tout à fait légitime, un film ou un événement que nous racontons, une explication quelconque, plus ou moins technique, celle d’une recette ou de n’importe quoi d’autre. Ce peut encore être le partage d’un vrai ressenti.

Ainsi, connaissons, reconnaissons, rappelons-nous la possibilité d’une autre réalité que celle dans laquelle nous évoluons la plupart du temps et qui est au minimum très pauvre, en fait souvent très éprouvante. En général, à des degrés variables, nous ne faisons que réagir, que penser comme nous pensons, ce qui tient déjà de la réaction. Puisque nous pensons comme nous pensons, vivons le penser intempestif comme nous le vivons, à partir de notre conditionnement, cela ne peut être que de la réaction.

Certes, comme précisé au début, nous avons à composer avec un conditionnement, du passé identificatoire et donc retenu, non libéré, mais aujourd’hui, je veux seulement souligner le fonctionnement général qui en résulte, dans lequel nous restons pris « en permanence » et je n’oublie pas que ce fonctionnement témoigne de vraies douleurs dont nous faisons de la souffrance… en les mentalisant. Il s’agit juste de bien reconnaître la seule réalité de ce fonctionnement afin de pouvoir surtout envisager l’autre possibilité, celle du plein épanouissement, de la paix, de la joie et de l’amour. De toute façon, c’est ce que nous recherchons tous, au mauvais endroit, dans l’ignorance que ça n’est même pas à chercher, que c’est « ici et maintenant ».

Pour connaître le plaisir de l’eau, à être dans l’eau, il n’est pas nécessaire d’être devenu un bon nageur. J’en ai fait l’expérience dès le premier instant où je me suis mis à l’eau (peut-être parce que je n’avais pas peur). De la même façon, pour connaître ou sinon aborder l’épanouissement permis par le fait d’être sciemment présent, sciemment conscient, il n’est pas nécessaire d’être un méditant de longue date et encore moins un « chercheur spirituel ». J’ai connu cette expérience dès le premier instant où j’ai pu basculer du penser chronique à la simple observation de ce qui est, à l’observation sans pensées (peut-être parce qu’en l’occurrence, je ne croyais rien). Lisez tranquillement les énoncés suivants et peut-être qu’ils pourront vous inspirez !

« Étant la reconnaissance du divin en chacun et en toute chose, la dévotion émerge naturellement de l’état de présence » (Eckhart Tolle).
La dévotion est, non pas une manière d’approcher qui que ce soit, mais un état d’être, fait à la fois d’amour et de ferveur, une sorte de prosternation intérieure.
Si la reconnaissance de ce qui est, produit parfois un effet puissamment épanouissant, c’est parce qu’elle inspire une forme de gratitude et de dévotion.
La dévotion qui est épanouissement parle, non pas de pratiques, mais d’un état d’esprit permis par la « présence dévoilée ».
Proportion gardée, on ne connaît dans son existence que la réaction, sous une forme ou sous une autre, et l’on méconnaît l’expérience de « se prosterner » devant ce qui est.
Si elle est naturelle, la prosternation est une expression magnifique en ce sens qu’elle est l’opposé de la résistance, qu’elle est reconnaissance, dévotion et gratitude.
On risque fort de résister à l’idée de prosternation car la résistance est notre choix inconscient quoi qu’il en soit.
La prosternation est à la fois un témoignage d’épanouissement et une contribution à la perpétuation de ce dernier.
Si le mental égoïque n’avait pas le dessus, si l’on en était complètement libre, on serait en quelque sorte dans un état (intérieur) d’appréciation ou de prosternation constante.
Il serait vain de se dire qu’il faut se prosterner devant qui ou quoi que ce soit, tous les « il faut » étant même hasardeux, mais le simple rappel de la prosternation possible, en cas de résistance, peut causer en soi une ouverture.
Là où la résistance est à son paroxysme, le rappel de la prosternation possible peut en lui-même transformer l’état intérieur.
En cas de réaction forte, si l’on connaît l’effet intérieur de la prosternation, sa simple évocation modifie l’humeur.
En tant que posture physique, la prosternation est insignifiante, mais l’élan du cœur qu’elle évoque révèle la vérité, l’essence de qui nous sommes, de qui tout un chacun est, de ce que toute chose est.
Parce qu’en vérité, nous sommes conscience et amour, l’état de prosternation peut surgir tout naturellement aussi bien que la pleine appréciation.
Quand nous relâchons la résistance, même juste momentanément, si un malaise demeure, peut-être nous reste-t-il seulement à nous prosterner (intérieurement).
De même que l’on ne se met pas à avancer instantanément alors que l’on est en train de reculer, on ne passe pas d’une posture maintenue à son opposé, une sorte d’arrêt momentané étant requis.
Si notre conditionnement nous a privés de l’appréciation, de la gratitude, du partage épanouissant, nous ne nous y abandonnons pas tout de suite quand nous commençons à nous libérer du conditionnement.
Après s’être longtemps cru seul au monde, indigne ou supérieur, après l’avoir surtout reconnu, on ne bascule pas d’emblée, pas aisément, dans l’attitude opposée que pourrait être la « prosternation intérieure » ou l’appréciation véritable.
Si tu reconnais ta résistance au point, non pas de la justifier, mais de la déplorer, prosterne-toi devant elle et devant ce à quoi tu résistes. Vois ce qui se passe, en toi !
Quand l’invocation de la prosternation intérieure demeure sans effet, chose tout à fait possible, le mental ou le conditionnement a momentanément repris le dessus, pouvant par exemple se manifester à travers l’attente.
Quand on se sent pris, submergé, pour peu qu’on le reconnaisse, la prosternation n’est pas forcément indiquée car elle est un don et en l’occurrence, quelque chose a besoin d’être reçu.
Le fait d’être pris, envahi, submergé est causé par le refus, par la fermeture, et le besoin libérateur est donc l’ouverture, le « recevoir » et l’appréciation.
La non-disposition à apprécier et donc à recevoir laisse forcément la place à l’insatisfaction et au vouloir sous une forme ou sous une autre (selon blessure).
La non-disposition à l’appréciation repose sur l’idée préconçue d’un monde forcément hostile et même dangereux.
Ne plus résister, ni être dans l’attente, c’est bien sûr « accepter véritablement », mais il est bon de connaître, de se rappeler ce qu’est la réalité profonde associée à l’acceptation véritable.
L’acceptation véritable est, tantôt la prosternation devant ce qui est déjà, tantôt l’ouverture invitant à ce qui se présente, à ce qui tente une approche de façon en réalité amicale.
L’acceptation véritable implique que n’est pas ou plus voulu ce qui n’est pas là et qu’est pleinement accueilli ce qui se présente.
On ne peut qu’être dans une sorte de conflit intérieur en cherchant à donner quand il s’agit de recevoir ou à recevoir quand il s’agit de donner.
La prosternation est un abandon, le don de soi, et la reconnaissance ou la disposition à recevoir est l’accueil de la vie, du mouvement de la vie.
Les bras ouverts, tantôt on accueille, tantôt on est accueilli, mais les deux mouvements sont unitaires, unificateurs, réunificateurs.
Si nous nous surprenons avec une posture compensatrice (désir, envie, espoir…), nous pouvons y répondre en visualisant l’appréciation de la vie face à notre plaisir ou notre contentement.
S’il n’y avait pas bonté, douceur, appréciation, gratitude, joie, amour, dévotion, prosternation, quel intérêt y aurait-il à juste être présent, sciemment conscient ?
En cas de confusion mentale, émotionnelle, il peut être utile de vérifier quel aspect pourrait être en cause, le donner ou le recevoir.
L’appréciation et la gratitude vont de pair, mais l’appréciation est à la reconnaissance ce que la gratitude est à la dévotion.
La reconnaissance reçoit, la dévotion donne, mais à ce niveau, la réciprocité est incluse, immédiate, systématique.
Le seul rappel de la prosternation, sans image de qui ou quoi que ce soit devant laquelle se prosterner, est potentiellement heureux car la prosternation est d’abord une disposition inconditionnelle.
On peut décider de se prosterner devant toute contrariété et ce qui se passe alors, c’est que la contrariété est remplacée par la prosternation.
Quand vous « vivez la grâce » de reconnaître un ressenti douloureux, regardez-le et voyez-le mieux encore, ressentez-le tel qu’il est, soyez avec sans plus vous y identifier, et vous le verrez se diluer.
L’état intérieur à partir duquel vous interagissez, résistance ou prosternation, est aussi ce que vous donnez à votre interlocuteur et nul doute qu’il le reçoive.
La prosternation intérieure véritable a des effets puissants, parce qu’elle est à la fois un arrêt du mental et l’amour propagé.
La prosternation intérieure empêche ou, étant moins intense, réduit considérablement le penser intempestif.
On peut remplacer reconnaître, accepter, honorer ceci ou cela par se prosterner devant ceci ou cela et vivre la possibilité de maintenir davantage l’état intérieur de prosternation.

Du fait du fonctionnement conditionné ordinaire, « constant », nous manquons de présence, d’être, de juste être, de tout ce que permet, pourrait-on ajouter, la manifestation de ce que l’on est en essence, l’être de façon exclusive ou au moins prioritaire. On se positionne au contraire de tout ce qui nous épanouit ; on reste dans le jugement plutôt que d’être dans l’amour ; on pense plutôt que d’observer ; on plaque ses certitudes plutôt que d’écouter ; on résiste plutôt que d’accepter ; on évite ou même nie ce qui est plutôt que de le reconnaître ; on reste positionné en objet (proie, victime, « subisseur ») plutôt qu’en sujet, qu’en « maître »…

Soit on pense de façon machinale, robotique, soit on est pleinement présent, sciemment vivant. C’est encore une façon d’insister sur ces deux possibilités d’existence : penser ou être.

Juste maintenant, ayez l’intention de ne pas penser ou de ne pas accorder d’importance aux pensées qui émergent. Ne vous laissez surtout pas croire que vous ne le pouvez pas ! Oui, si vous vous y disposez, avec au moins la même facilité que moi-même, je vous assure que vous pouvez avoir l’intention de ne pas penser. Entendez seulement l’intention possible, non pas ses effets ! Vous êtes là, assis devant votre écran, et, peut-être pour la première fois, vous faites vôtre l’intention de ne pas penser, de ne pas accorder d’importance aux pensées. Allez-y !

Ne vous souciez même pas des effets de votre intention. Ici, seule compte votre intention (comme très souvent d’ailleurs). Ne luttez pas contre les pensées vraisemblables et revenez juste à votre intention, une fois, deux fois, trois fois, dix fois… Donnez-vous de quoi savoir – juste pour vous-même – si oui ou non vous avez fait vôtre l’intention mentionnée. La réponse à cette simple proposition n’est rien moins qu’un éveil spirituel, qu’un instant d’éveil spirituel. Il vous appartient de vous l’offrir ou de vous en priver encore. Si vous pouvez vous dire et surtout ressentir « oui, ici et maintenant, je peux faire mienne l’intention de ne pas penser, de ne pas m’attacher aux pensées ou de les observer », vous y êtes !

Il est sage de retirer le crédit ordinairement accordé aux pensées qui s’imposent, parce qu’elles n’ont aucune importance. Et puisqu’elles n’ont aucune importance, il n’y a pas lieu non plus de lutter contre elles. Lutter contre une chose est lui donner de l’importance, du pouvoir. Se rappeler l’intention de « ne pas penser » est suffisant. Venons-en à une autre intention possible, celle d’invoquer la douceur, le silence, la tranquillité.

Parfois, on peut être très attaché à ses pensées ; d’autres fois, en être très mal à l’aise. Mais aucune n’a d’importance !

Plus nous sommes conscients que nous ne sommes pas notre conditionnement, lequel n’est pas pour autant nié, plus nous nous en rendons compte, le ressentons par le seul fait de l’observer, plus ce que nous sommes en essence prend le dessus ou, au moins, est manifesté à l’arrière-plan. Or, cesser de plus en plus de se prendre pour ce que l’on n’est pas, présente un autre avantage très appréciable qui peut, néanmoins, demander un peu de temps avant de se vérifier : on cesse aussi de prendre les autres pour ce qu’ils ne sont pas.

Se prendre pour qui l’on n’est pas est extrêmement violent puisque ce faisant, on souffre, on perpétue et renforce la souffrance. On s’attend à endurer encore ce que l’on a toujours enduré, y compris en tentant de l’éviter de mille manières. Eh bien, comme si ça ne suffisait pas, on complète le tableau en prenant aussi les autres pour ce qu’ils ne sont pas, ce qui produit pour soi le même effet. Ajoutons qu’ainsi, on ne permet pas aux autres de se manifester en dehors de l’image plaquée sur eux et maintenue.

Si vous vous prenez pour quelqu’un d’insignifiant, même sans vous en rendre compte, vous allez prendre beaucoup de gens pour des personnes insensibles, indifférentes.
Si vous vous prenez pour quelqu’un de nul, vous allez projeter sur d’autres des qualités qu’ils n’ont pas forcément, même jusqu’à leur en vouloir de les avoir.
Si vous vous prenez pour une victime, vous allez voir partout des bourreaux et même vous en attirer.
Si vous vous prenez pour quelqu’un de supérieur, tôt ou tard, vous ferez fuir quiconque vous approche avec pour seule intention de vous être agréable (personne n’aime être pris pour…).
Si vous vous prenez (inconsciemment) pour un monstre, il va vous falloir (par projection) voir des monstres partout et les gens auront bien du mal à entrer en contact avec vous…

On peut ignorer tout de « l’état de présence pure », mais on ne peut pas ignorer vraiment que l’état de conscience ordinaire est souffrance (parfois intense, parfois fuie).
Ordinairement, n’étant pas présents à ce qui est, nous sommes mentalement dans l’erreur, le mensonge, l’illusion et/ou l’ignorance.
Reconnaissons humblement notre difficulté à être présent, à juste percevoir ce qui est, et n’en faisons pas un problème supplémentaire !
Par la présence qui est aussi l’amour, rien n’est déploré, ni nié, et son embrassement du tout libère le cœur, offre paix, joie et liberté. **
« Au fait, écoute ! Non, juste écoute ! « Entends-tu » tes pensées ? Ah, tu en es donc conscient ! Alors, tu es présent ! »

(ATTENTION : surtout si vous avez déjà pu reconnaître parmi vos vieux schémas la moindre tendance à vous résigner, à vous soumettre ou à renoncer, veillez à ne pas vous méprendre quant au sens de la prosternation évoquée dans ces pages. Cela vaut que vous en repoussiez l’idée ou que vous vous disposiez à l’adopter…)


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