Nous avons tous une bonne intention, la même

Indépendamment de toute manifestation, s’il vous est devenu facile, voire évident, d’être sciemment conscient, pleinement présent, de vous connaître en tant que présence et de la rayonner, si vous y revenez donc à volonté sans insatisfaction persistante, vous n’avez certainement pas besoin de vous arrêter sur ce qui compose mes diverses publications. Et cela ne vous empêcherait pas de les apprécier !

Si percevoir ce qui est, le reconnaître, est votre vécu ordinaire, si vous y revenez aisément et à loisir, vous est de peu d’utilité ce que j’écris, ce dont je fais le partage notamment dans ces chroniques. En revanche, il peut en être tout à fait autrement si vous éprouvez un certain malaise permanent. Reste aussi à savoir à quel point vous pouvez reconnaître ce malaise !

Eu égard à ces deux cas de figure, je veux évoquer le fait que d’aucuns puissent considérer que l’on accorde à tort de l’attention à ses revécus émotionnels et donc à son conditionnement, à ses blessures. L’attention excessive et surtout inutile est celle qui est principalement absorbée par les histoires et par soi-même en tant que « victime », en tant que « soi séparé ». La véritable reconnaissance permet aussi de dépasser ces deux positionnements ordinaires.

Personnellement, que je persévère à faire en sorte que quiconque voie ce qu’il résiste à voir, par exemple, ou que j’en veuille à une personne, comme en bougonnant et pour quelque raison que ce soit, une même intention en cause est devenue claire et je vais la nommer ici. Je vois ou je sens bien que nous avons tous cette même intention profonde, mais nous l’ignorons longtemps.

Par ailleurs, quand je considère mes vieux fantasmes et même mes vieux vécus sensuels, j’y vois plus clairement que jamais ce qu’était l’intention sous-jacente réelle et que je vais nommer ici. En fait, je ne la méconnaissais pas vraiment, mais je ne m’y étais jamais arrêté suffisamment. Il se trouve que c’est la même intention que dans les deux cas précédemment évoqués.

En effet, j’ai mis du temps à voir qu’une même intention est profondément impliquée, que je suive un vrai élan, que je réagisse contre quelqu’un ou que j’espère (compensatoirement) une forme d’accès à l’autre. J’évoque mon vécu, réactionnel et compensateur, tout à fait insignifiant en tant que tel, et quant à ce que j’en relève, vais en relever, s’il s’y dispose, chacun pourra vérifier la même réalité dans son propre vécu. Alors, continuons tranquillement !

J’aurais pu en effet aboutir au même constat, à la même « découverte » en répondant à cette autre question : « Que retires-tu ou que pourrais-tu attendre de la passion que tu mets à faire le partage de tes visions ? » Jusque-là, en gros, je m’étais contenté de reconnaître et d’évoquer le plaisir à le faire car en effet, un vrai plaisir est impliqué.

Maintenant, pour transposer la question à votre réalité, considérez l’un de vos intérêts particuliers ou l’une de vos activités qui implique du relationnel (famille, amies, collègues, associations, clients…) et trouvez-vous une question (à compléter) telle que celle-ci : « Qu’obtiens-tu ou que pourrais-tu attendre de ton investissement dans… ? » Il se peut fort bien que ce texte vous aide à préciser votre réponse.

Ne vous arrêtez pas aux premiers éléments de réponse tandis que vous essayez de découvrir ce qui vous anime, ce qui vous motive au bout du compte et en toute circonstance, réactionnelle, compensatrice ou même tout à fait épanouissante. Que vous permettrait de ressentir de plus le plaisir partagé ou le dépassement de tout conflit ?

Ce qui m’a permis d’aller plus loin, d’y voir plus clair, de débusquer l’intention essentielle commune à tous, c’est cette première question – plus spécifique – (posée d’entrée) sur laquelle je me suis arrêté : « Qu’est-ce que j’attends de ma disposition ou même de ma persévérance à aider ou soutenir encore toute personne qui ne peut faire mieux que résister ? »

Il est en général très sage de ne pas persister là où ça résiste, mais outre la reproduction psychologique toujours possible, ce qui n’est donc que du revécu, quelque chose en nous sait que personne ne doit être laissé sur le chemin. Or, si autrui oppose son obstination, tandis que l’on demeure bienveillant, on peut en vain tenter de lui offrir le meilleur. Il est toujours préférable de rester disponible plutôt que d’insister.

« Persiste ce à quoi l’on résiste », dit-on très justement, mais l’inverse est tout aussi vrai : résiste ce en faveur de quoi l’on persiste. Si l’on manifeste sa persistance auprès d’un tiers, c’est déjà qu’il résiste et dès lors qu’il s’agit d’un mode de communication établi, la persistance ne rencontrera que la résistance. Une même réponse ajustée s’applique aussi bien à la persistance qu’à la résistance : le lâcher-prise.

Les échanges relationnels figés, qui tournent en rond, et les situations problématiques inextricables témoignent d’un non-lâcher-prise, d’un attachement suspect ou insolite et, ultimement, de la peur de ne pas parvenir à la satisfaction de son intention. Celle-ci n’est reconnue, ni dans sa représentation compensatrice, ni dans sa réalité essentielle.

La dernière question posée ci-dessus fut très intéressante, indépendamment de la réponse, car elle décrit ou évoque une attitude très générale, dépassant tout contexte limité. En effet, l’intention « cachée » est révélée dans le mouvement, dans l’action, qu’il s’agisse d’une réaction grossière, d’une compensation discrète ou d’un acte qui se veut plus neutre ou même bien intentionné.

Alors, dans toutes les interactions évoquées depuis le début, qu’est-ce que je fais finalement et qui est toujours de même ordre ? Je contribue au retrait de « couches », d’épaisseurs, d’ombres, de « broussailles », de malentendus, d’incompréhensions, d’interprétations, de limitations, de différences, de peurs, de croyances, d’éléments systématiquement séparateurs…

Et ce faisant, au mieux pour un instant, « je permets » le silence, la tranquillité, la légèreté ; « je fais » la lumière, mets à jour ; « je mets » la main dessus, j’accède au « cadeau », je trouve la perle, je goûte à la nudité, je nais ou fait naître, j’y arrive… Or, c’est plus une impression fugace qu’un vécu réel et qui serait épanouissant de façon durable. C’est ainsi que se perpétuent les différents jeux mentionnés. Ce sont aussi les vôtres, bien entendu !

Et pourquoi faire tout ça ? Que se passe-t-il si l’on y parvient ? N’a-t-on pas parfois l’impression d’y arriver, d’y arriver mieux ? On ne se dit pas forcément PROCHE du but, mais l’impression peut y être tandis que l’on est « prompt à y remettre le paquet » : on insiste, on y va, on croit même parfois y être, se retrouvant un peu bête en n’atteignant au mieux qu’un résultat qui s’avérera illusoire, juste parce qu’il n’est alors question que de compensation.

Peu importe la forme que l’on projette, on veut, on recherche la rencontre, sa moitié, une union, des bras ouverts, des retrouvailles, une réconciliation, une réussite, un nouveau départ, l’expérience d’être avec, d’être ensemble, de partager, celle d’être admis, accueilli, reconnu, autorisé, sollicité, celle de pouvoir être appelé, attiré, intéressé… On l’ignore, mais on est en réalité en quête de fusion, de la dissipation de l’impression de séparation : notre fameuse INTENTION COMMUNE.

Et alors que nous ignorons totalement notre véritable quête ou notre besoin essentiel, celui de nous réunifier, nous ne reconnaissons pas forcément l’objet de notre course compensatrice, l’autre sous une forme ou sous une autre (partenaire sexuel, affectif, amical, professionnel… un groupe, la notoriété, la distinction…), de quoi ne plus se sentir séparé. Nous ne le reconnaissons pas en tant que substitution.

Autrement dit, nous ne reconnaissons pas notre sentiment profond de séparation. Cependant, nous pourrions le soupçonner puisque nous cherchons sans cesse et maladroitement à fabriquer du lien (amants, maîtresses, amis, connaissances, soutiens, patients, clients, auditoire, écoute, compréhension, reconnaissance, valorisation…). C’est une attente que beaucoup ne peuvent même pas reconnaître !

Celle-ci est derrière notre vouloir, quelle que soit sa forme (désirer, envier, exiger…), et sous-tend de même toutes nos formes de réactions, de la plus discrète à la plus violente. C’est là évoquer notre folie ou notre fourvoiement. L’envisager ainsi peut heurter l’image que nous avons de nous-mêmes, rappeler notre sentiment irrationnel de culpabilité ou, à l’opposé, notre esprit réfractaire.

Précisons-le, notre intention compensatoire et non formulée est de retrouver en autrui ou à travers les circonstances de quoi liquider l’impression éprouvée de séparation. Comme il s’agit de la séparation insupportable, irréelle là où elle est éprouvée, tous nos efforts, toutes nos tentatives, tous nos positionnements resteront vains et, sans conscience, causeront de plus en plus de souffrance.

Si nous considérons un peu la place qu’occupent le vouloir et l’état réactionnel dans nos pensées et dans nos interactions, combien ce sont deux phénomènes chroniques, répétitifs et donc vains, nous devrions pouvoir en venir à reconnaître que quelque chose en est forcément le moteur. Il n’est manifestement pas aisé de faire taire le vouloir et la réaction, au dédain de ce qui les mobilise.

On file vers un but censé être un épanouissement (vouloir), prêt à anéantir tout ce qui semble s’y opposer (réaction). On peut aussi renoncer à son rêve (réaction encore), mais à quel degré y renonce-t-on ? Que ne fait-on pas en compensation (vouloir) ? Tout être humain chérit la même quête, même si les façons de la vivre peuvent être très variées.

Vouloir et réagir représentent deux béquilles trompeuses et qui soutiennent un personnage historique ou légendaire auquel nous restons identifiés. On ne fait rien d’autre, de façon forcément illusoire, que de tenter de combler ce personnage ! Tout de même, on a admis que cela prend du temps et, en attendant, quand on ne souffre pas trop, on peut « s’amuser » un peu (s’illusionner de plus belle) !

Et s’il n’y avait rien à chercher, rien à attendre, d’abord parce qu’il n’y a pas de problèmes, sinon ceux auxquels on tient tant à penser ? Et s’il n’y avait rien à vouloir, juste parce que tout est déjà là, à savoir ce qui n’est séparé de rien, ce que nous sommes ? Cela nous coûterait-il tant de mettre un peu notre attention sur une autre réalité, voire sur la réalité ultime ?

Il est des gens – dont nous avons pu être – qui ne peuvent pas entendre évoquer Dieu ou tout ce qui peut le représenter sans manifester une forme d’ironie, de certitude aussi naïve que dérisoire ou toute autre réaction qui est à la fois grossière et surtout révélatrice. Oui, il est des gens qui réagissent ainsi, ce qui est en réalité sans grande importance, mais il peut nous être utile de vérifier ce qui en nous-mêmes pourrait encore ressembler à cela parfois.

Que ressentons-nous ou comment réagissons-nous, dans un groupe par exemple, quand une personne sort des sentiers mentaux battus pour laisser son cœur s’exprimer, pour être une manifestation de la paix et/ou de l’amour ? La mièvrerie existe, les propos moraux existent, mais existe aussi ou surtout une attitude commune qui incite à taxer de bondieuseries ce qui ne cadre pas avec les bavardages mondains et autres discours de bistros (largement préférés).

Dans cette dernière évocation, il s’agit moins de juger nos semblables éventuellement plus aveuglés que de rire de nous-mêmes quand nous consentons à nous voir retomber dans des vieux schémas mentaux, égoïques, conditionnés, rebattus. Nous n’en rions pas suffisamment ! Quand je me rappelle des moments ou circonstances où j’ai pu en effet manifester tout ce que je viens d’évoquer, je ne suis plus dans l’évitement, ni ne rougis, mais je ris de bon cœur. De même, je ris quand je manifeste toute forme de réaction !

Que l’on y croie ou que l’on n’y croie pas, Dieu ou le Divin est un sujet qui peut faire parler beaucoup, sans que l’expérience possible ne soit mentionnée ou écoutée, prise en considération. D’abord, à quoi vous sert-il de croire si ce n’est pour une expérience déjà heureuse ? Ah, le croire ne peut pas permettre cela, je l’avais oublié ! À l’inverse, quel avantage tirez-vous à crier haut et fort que vous ne croyez pas ? Votre bruit est incapable de voiler la vision du cœur de qui ne peut que sourire avec compassion en vous entendant.

Ne vous est-il jamais arrivé d’être particulièrement surpris par la façon inespérée dont se déroulent des choses « problématiques » ? Dans la négative, je vous ferais la proposition suivante : rappelez-vous des circonstances difficiles et reconnaissez celles qui auraient bien pu aboutir à une issue « merveilleuse » et que vous n’auriez jamais pu imaginer. Allez, faites un « petit effort », vous allez en trouver ! Pour aller dans ce même sens, vous pouvez aussi voir divers aspects tout à fait heureux qui accompagnaient ces moments difficiles. Pour certains (j’en suis), ce seraient de belles prises de conscience. Pour d’autres ou à d’autres moments, c’est juste de l’aide précieuse qui se présente, une nouvelle belle rencontre qui est rendue possible, une acquisition qui dépasse de loin une perte déplorée, un revirement soudain d’état intérieur, de l’humeur, etc.

Dans votre existence et depuis votre enfance, vous n’avez pas toujours été limité au train-train quotidien, été cloîtré dans les mêmes habitudes, bien aguerri à vos activités familières. Vous avez fait des voyages, des déplacements, vous avez changé de travail ou de bureau, vous avez fait des connaissances, et vous avez dû faire face à divers contretemps. Diriez-vous que tout s’est toujours passé mal, qu’aucun événement heureux inattendu vous a ou aurait pu vous surprendre très agréablement ? Prétendriez-vous encore que tout s’est surtout passé en fonction de votre seule volonté et que vous étiez parfaitement au contrôle des obstacles à chaque fois dépassés ?

Vous pouvez ou pourriez bien le laisser croire, mais vous-même, y croyez-vous sérieusement ? En fait, vous devriez concevoir qu’une « certaine énergie » est manifestement à l’œuvre derrière les apparences, celles qui sont déplorées comme celles qui sont appréciées. Il se peut maintenant que vous préfériez l’appeler « hasard », mais vous pourriez finir par devoir admettre que ce hasard, puissant et avantageux, semble se faire éprouver partout et tout le temps. Ce n’est pas le sens qu’on lui donne ordinairement, convenez-en !

Nous traverserions autrement nos différentes épreuves si nous savions et ressentions la présence simultanée du Divin, de l’Amour, si nous connaissions la « non-séparation essentielle ».

Je ne m’en prendrai pas à « Dieu », ni ne nierai son existence, en considérant le pire qu’endurent certaines personnes, des groupes entiers, notamment parce que j’ignore ce qu’ils ont à vivre, ni même ce qu’ils vivent en réalité. J’ai pu rencontrer quelques personnes s’insurger contre mon état d’aveugle, dans le dédain total de ma façon de vivre moi-même mon handicap. En général, quiconque s’en prend à Dieu se prend en réalité pour un dieu. C’est ce fonctionnement-là qui donna lieu à l’idée de séparation.

Croire ou ne pas croire en Dieu est sans réel « pouvoir », mais beaucoup disent y croire quand, en réalité, ils en ont une véritable expérience, sachant alors et n’ayant pas besoin de croire. Au niveau du mental, il y a « pire » que la seule croyance ou non-croyance en Dieu : se prendre pour Dieu, pour un dieu, ou se positionner comme si l’on détenait une vérité incontestable, sans s’arrêter sur le fait que son évocation ne cause jamais la moindre ouverture pour personne. On devrait pouvoir découvrir que la façon dont on se prend pour Dieu ou que la certitude que l’on affiche, voire impose, aboutit toujours à des effets séparateurs, à tout le contraire de ce à quoi l’on aspire tous.

Tous, nous voulons de l’union, de l’unification, de la fusion, de la réconciliation, des retrouvailles, de la réhabilitation, de l’unité, de la NON-SÉPARATION. Nous nous y employons de façon souvent maladroite, jusqu’à causer encore plus de séparation. Par exemple, pour nous sentir uni, en fait avoir une place, nous nous rapprochons d’autres personnes, au détriment d’une autre. C’est un phénomène que l’on constate dans tous les groupes, où un bouc émissaire est désigné et change d’une période à l’autre, ce qui maintient le sentiment de séparation.

Nous n’avons pas besoin de faire quoi que ce soit pour nous libérer du sentiment de séparation, sinon en reconnaître la réalité et l’ampleur. Oui, ce sentiment est bien réel, mais la séparation ne l’est pas. Nous n’avons pas besoin de faire quoi que ce soit pour nous sentir unis, unis à la vie, unis au tout, unis à la paix et à l’amour. La vie, le tout, la paix et l’amour, c’est ce que nous sommes déjà, ce que nous avons toujours été, ce que nous serons à jamais. Simplement, disposons-nous à « voir la vérité », abandonnant notre « savoir » si dommageable, et la lumière jaillira !…


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