La souffrance (1/X)

• Nous avons tous un conditionnement plus ou moins différent, mais nous souffrons tous du même mal : la culpabilité qui voile l’amour.
• Si tu veux souffrir encore, continue de juger ce qui est. Ainsi, tu t’y attacheras ou y résisteras, et souffriras comme à l’ordinaire !
• « Nous souffrons de ne pas aimer, et tous nos attachements finissent dans la douleur » (Lucien Arréat).

Il y a bien des façons de parler de la souffrance, énormément à en dire, et j’ai (comme d’habitude) posé ce qui est venu sur le sujet au gré de l’inspiration. Voyez ce qui peut vous parler, vous aider, vous éclairer. Pour des clarifications supplémentaires, pour d’éventuels rajouts, n’hésitez pas à me faire connaître vos demandes. J’y répondrai volontiers, voire en ferai l’objet d’une autre chronique. D’ailleurs, plusieurs chroniques sur le même sujet sont déjà écrites et seront publiées les mois à venir.

Sur Facebook, une amie lectrice me demande d’évoquer la souffrance reliée à ceux auxquels nous sommes attachés et en tenant compte de l’épreuve de la « perte », donc de la séparation. C’est en commençant à lui répondre que je me suis rendu compte que je tenais là un « bon sujet » pour une chronique mensuelle à part entière, ne soupçonnant pas que j’allais, à ce jour, en écrire quatre ! Un grand merci, Micheline, d’avoir occasionné l’inspiration ! La découverte de la réalité de la souffrance en général est incroyablement… une joie possible. Mais oui !

Je n’ai peut-être pas repris les mots exacts de la demande de Micheline, mais telle que je l’ai formulée ici, une évidence semble sauter aux yeux. Serait-il étonnant de considérer que tout attachement représente une forme de souffrance (à éprouver tôt ou tard) ? Quand je me suis réveillé de l’anesthésie de l’opération oculaire après décollement de rétine à 10 ans et demi, j’avais les poignets attachés de chaque côté du lit (circonstance anecdotique). On est venu me libérer très vite, mais l’expérience fut d’abord incompréhensible et plutôt déplaisante. Autrement, demandez donc à votre chien ce qu’il pense de l’attachement, en laisse ou celui qui le lie à vous ! La première année, ma chienne-guide hurlait quand je devais m’éloigner d’elle, ne serait-ce que pour aller aux toilettes !

• « Qu’il soit physique, psychique ou affectif, tout attachement est de la souffrance en puissance, de la souffrance immédiate ou ajournée ».
• La souffrance est en elle-même un vieil attachement, un attachement conditionné, un attachement insoupçonné, un attachement mental et émotionnel.

Ce qui est dit là est une réalité qui devrait ou pourrait être perçue, reconnue, sans rien en penser. Ne rien en penser comprend, par exemple, le fait de ne pas s’écrier : « Ah, tu dis alors qu’il ne faut pas s’attacher ! » Il n’est rien qu’il faille ou qu’il ne faille pas, d’abord ou surtout parce qu’une telle injonction ne sert à rien. Personne ne s’est jamais libéré de quelque attachement que ce soit sur la base d’un contrôle. Quand on essaie de se contrôler, on finit toujours par perdre le contrôle. Au passage, eu égard à cet exemple souvent rencontré, percevez l’investissement précipité du mental et pour fonctionner, sachez qu’il interprète la plupart du temps. Comprenez aussi que sans le mental, la souffrance n’existe pas. La souffrance est de la douleur mentalisée.

Tout cela est bien sûr insuffisant pour attester que la souffrance est reliée à toute forme d’attachement, mais on peut ici repérer les deux grandes façons de considérer les choses, soit à partir du mental, du jugement, en fait du conditionnement, soit à partir de l’état de présence. Quand vous êtes juste présent – mais totalement présent – à un ressenti douloureux, ce qui veut dire que vous n’en pensez rien, ni n’avez la moindre intention, proportion gardée, il se résorbe, se dissout, disparaît… On peut dire encore que le relâchement de la souffrance est l’effet de l’acceptation véritable (pour peu qu’elle ait lieu, ce qui ne se décrète pas).

Quand on parle d’acceptation, l’intention n’est pas d’adopter une posture en faveur d’une circonstance extérieure, ni au bénéfice d’autrui. Ça n’est pas une sorte de permissivité. Cette acceptation a sa place, mais en général, elle s’apparente donc davantage au laxisme ou à la tolérance (même si elle peut devenir « véritable acceptation »).
Quand on parle d’acceptation, véritable, de la possibilité qu’elle représente, l’intention est tout bonnement la dissipation de la souffrance, de sa propre souffrance. C’est si vrai, si réel que l’on touche là directement à la définition de la souffrance : « La résistance à ce qui est », « La résistance à ACCEPTER ce qui est ».

Quand on se dit, par exemple, « je ne peux tout de même pas accepter … (ceci, cela) », on ne se rend bien sûr pas compte que l’on déclare simultanément « Je ne peux tout de même pas ne pas souffrir ! » Alors, n’en rajoutons pas, acceptons que c’est bien ainsi que nous fonctionnons ! Autrement dit, acceptons-le, n’en souffrons pas ! En d’autres termes encore, il s’agit d’accepter de ne pas accepter, de ne pas pouvoir accepter. Et c’est commencer à s’éloigner de la souffrance ! Relâchez quelque résistance que ce soit, si vous le pouvez, et déjà, vous souffrez moins.

Maintenant, s’agissant de « l’attachement » proprement dit, de l’attachement affectif, il nous faut tout de suite apporter quelques explications car l’éventuelle « invitation hâtive au détachement » pourrait en elle-même causer une forme de souffrance, ce qui n’est évidemment pas le but. D’abord, disons que ne pas être attaché ne veut pas dire « ne pas aimer », ni « être insensible à ce que vivent ceux que l’on aime ». Du reste, sans l’attachement, la qualité relationnelle peut être plus grande, plus féconde, plus harmonieuse, plus épanouissante. Ne pas être attaché n’empêche pas non plus la pleine appréciation de ce qui s’offre à soi… Nous restons attachés, parce que nous vivons l’amour ou le bien-être comme s’il dépendait de ce à qui ou à quoi nous sommes attachés.

Et si l’attachement est de fait par lui-même une limitation, il s’avère encore plus problématique en cas de « perte » de la personne ou de la chose à laquelle on est attaché. Tout ce qui est impermanent disparaît tôt ou tard (incluant les corps). Reconnaissons la posture « attachement », le ressenti « perte », sans rien nous dire. L’émotion peut submerger, un temps, mais une autre expérience est cependant possible, aussi subtile que puissante, une expérience que l’on a déjà pu faire, qui a laissé sans mots : la perte apparente crée, laisse un vide, mais un vide plein, un « espace de présence », un silence qui appelle, une invitation à la tranquillité, rappelant ce qui ne peut être perdu, rappelant l’unité, la séparation irréelle. Cette impression tangible accompagne parfois la « perte » d’un être cher.

On ne souffre et l’on ne s’attache que du fait d’être positionné inconsidérément comme si l’on était séparé et séparé définitivement. On se sent « spirituellement » séparé à l’intérieur et l’on s’attache psychiquement à l’extérieur. Ainsi, comme le dit Bernard Groom (enseignant francophone d’Un cours en miracles), « Pour continuer d’exister en tant qu’individu séparé, on revient inlassablement à sa souffrance, jusqu’à la fabriquer ». L’attachement psychique se dénoue à mesure que l’on se dispose à reconnaître notre lien avec le Tout ou l’unité parfaite, à reconnaître la paix et l’amour omniprésents, ce que nous sommes… Acceptons de ne pas encore en être là, voire peut-être de ne pas comprendre ce dont il est question. Nous y reviendrons. Méconnaissant la « réalité », on est aisément enclin à la contester ou à la considérer avec désinvolture.

En attendant, si nous sommes attachés, nous sommes attachés : c’est ce qui est. Il n’y a rien à penser à propos de ce qui est, ni même à vouloir le changer, d’autant moins que vouloir, c’est déjà « souffrir ». Le « Vouloir » est souffrance quand il n’est pas accompagné d’un passage à l’action qui le mue en plaisir et enthousiasme. Ce qui est, quoi que ce soit, reconnaissez-le, reconnaissez-le enfin, reconnaissez-le comme jamais, reconnaissez-le purement et simplement ! Et « en lien à cet attachement », reconnaissez de même ce que vous ressentez, encore ce qui est, ce qui est en vous en termes de ressentis plus ou moins douloureux. Et si vous n’avez pas déjà accès à la possibilité de cette seule reconnaissance, reconnaissez-le ! N’en faites pas tout de suite un problème et poursuivez votre lecture…

En cas de toute perte malheureuse, il est abusif et surtout inutilement souffrant de considérer que nous avons à en « faire le deuil », étant entendu sans le dire qu’il s’agit d’accepter une privation ou une séparation définitive. Le problème est l’attachement. Il est problématique avant la perte, avec ou sans la perte. Rien d’essentiel ne peut être perdu et c’est parce que nous l’ignorons que nous nous attachons.

Ne vous racontez pas d’histoires ou laissez un moment de côté toute histoire et, en revanche, laissez être en pleine lumière le ressenti, même ou surtout s’il est douloureux. Ce ressenti douloureux, lequel bénéficiera infailliblement de la reconnaissance pure et simple, est justement celui dont nous faisons ordinairement de la souffrance. Mais tant que la souffrance demeure, c’est aussi ce qui est, et le poser avec cette simplicité ne restera pas sans effets. La reconnaissance est libératrice.

Tant que nous fonctionnons en tant qu’« humains ordinaires », en tant qu’entités séparées, nous ne pouvons pas ne pas souffrir plus ou moins, d’une manière ou d’une autre, à un niveau ou à un autre. Ce qui fait « souffrir » l’humain est son conditionnement ancestral, collectif, transgénérationnel, familial, séparateur, auquel il s’est identifié, auquel il reste identifié. Pour faire simple, disons que fonctionner en humain veut dire se prendre pour un corps et pour une histoire personnelle, donc pour une personne, pour de la chair et du passé. En tant que « chair et passé, s’organiser avec son quotidien est inévitablement éprouvant (souffrant). On verra plus loin que la cause directe de la souffrance est encore plus simple ou plus concrètement accessible.

Or, puisque nous vivons notre identification (fausse) comme allant de soi, comme réalité ultime, la désidentification n’est pas envisageable avant longtemps. De surcroît, quand on commence comme à s’y disposer, on peut avoir à composer avec l’impression qu’il nous faut alors nous soumettre à un abandon, à un renoncement, à un « deuil » – encore de la souffrance. Bernard Groom écrit dans l’une de ses publications : « Arrêter de souffrir est très, très difficile pour beaucoup de gens, parce que ça nécessite un changement d’identité. Quand on arrête de souffrir, quelque part, on n’est plus tout à fait la même personne ».

Cela étant judicieusement relevé, pour parvenir à ne plus souffrir ou à commencer à souffrir de moins en moins, nous pouvons tout d’abord prendre en considération ce qu’est la souffrance, ce qu’elle sous-tend, percevoir son irrationalité, sa réalité illusoire, le cauchemar qu’elle représente et dont nous pouvons nous réveiller. Du fait de notre identification très spécifique et profondément enracinée, nous nous emparons forcément de certaines circonstances pour réagir et souffrir. Si vous êtes complètement identifié à un parent, au rôle parental, par exemple, vous saisissez tout ce qui semble contrarier son existence, y réagissez, en souffrez. Dès lors, envisager directement de ne pas souffrir est inconcevable. Il est donc préférable de reconnaître ce qui se cache derrière la souffrance, derrière la réaction.

Comme point de départ, pouvons-nous cependant accepter l’idée que la souffrance n’est pas obligatoire, qu’elle n’est pas FATALE, et même qu’elle n’a rien à voir avec l’injustice, la malchance, la malédiction ? La souffrance n’a rien à voir non plus avec n’importe quelle raison que nous ne manquons pas de lui attribuer. Ce « point de départ » est essentiel, parce qu’il fait intervenir la base même de la souffrance. Si nous pouvions directement nous libérer de celles des croyances qui sont nôtres et qui viennent d’être suggérées, nous serions déjà beaucoup moins en situation de souffrir. Ne sommes-nous pas souvent positionnés, par exemple, comme s’il n’y avait pas de solution ? Qu’en dites-vous ?

Nous sommes ici pour voir ce que sont vraiment les choses, non pas pour nous raconter de belles histoires, des histoires trompeuses et qui ne feraient que nous enfoncer un peu plus profondément dans l’illusion, autrement dit dans la souffrance. Nous sommes d’autant mieux positionnés comme s’il n’y avait pas de solution que nous sommes en réalité très attachés à la souffrance, d’où la difficulté accrue de s’en départir. Gustave Flaubert a écrit : « On est incurable quand on chérit sa souffrance ». Cependant, sachant cela, tout devient différent. On commence à « s’aérer », à s’ébrouer, à se permettre plus d’espace, en fait à se détacher… On ne peut emprunter un chemin qu’en sachant qu’il existe.

Les relations humaines de tous ordres sont le terrain privilégié où la souffrance fait son nid, où l’on tente de démentir la séparation, de façon inconsciente et illusoire : on déplore le manque de lien ; on cherche à créer du lien ; on tient à maintenir du lien ; on veut/voudrait POSSÉDER ses liens ; on néglige un lien ; on dédaigne tous liens ; on résiste à vivre le lien ; on n’ose pas être en lien ; on veut/voudrait forcer le lien ; on veut même casser ou empêcher des liens dans son entourage ; on ne sait pas être en lien ; on méconnaît le lien réciproque ; on prend pour acquis des liens de longue date ; aveuglément, on vit et maintient des liens maléfiques ou inexistants ; on ne comprend pas (voudrait surtout comprendre) des ruptures soudaines de lien…

Passons en revue (ci-dessous) des occasions plus spécifiques, utilisées pour la souffrance. Sachez que les vôtres sont dictées ou attirées par votre conditionnement, par vos blessures ou votre blessure principale :

• Quelqu’un qui m’oublie, me néglige, me laisses tomber ; …qui me rabaisse, m’humilie, se moque de moi ; …m’accable, ne fait rien pour moi, me fait attendre ; …ne m’écoute pas, ne me reconnaît pas, me repousse ; …me renie, profite de moi, me ment…
• Quelqu’un qui se comporte mal, qui ne tient aucun compte de ce que je lui dis, de mes demandes, de mes attentes, de mes conseils et avertissements ; …qui ne me donne pas de nouvelles, ne vient pas me voir, ne me permet pas de le contacter ; …qui s’invente des vies parallèles, ment à qui fait semblant de le croire, crée du conflit là où il passe, fait perdre son temps à tout le monde ; le monde qui va de travers, ceux qui laissent faire, le laisser-aller inadmissible…
• Un enfant ou un très proche qui est handicapé ou gravement malade (cancer, leucémie, sida…) ; …qui tourne mal, qui se drogue, se prostitue ; …qui est au chômage ; …qui a disparu ; …qui va mourir ; …qui a fait faillite ; …qui est en prison ; …qui ne m’aime plus…
• Et moi qui suis épuisé, angoissé, déprimé ; …qui souffre du dos, des genoux, de l’estomac… ; …qui échoue tout ce que j’entreprends, n’aboutis jamais à rien, ne trouve aucune aide ; …qui n’ai pas d’argent, pas de travail, pas de logement convenable ; …que personne n’aime, ne comprend, ne remarque ; …qui ne peux jamais faire ni avoir ce que je veux, ne peux profiter de rien…

Que votre cas personnel de souffrance soit ou non rattaché à l’un des exemples de cette longue liste, non exhaustive, voici des « énoncés » à considérer concernant la souffrance. Considérez-les donc tranquillement et attentivement, d’autant plus ceux qui vous interpellent davantage et appréciez la moindre « compréhension » nouvelle qui pourrait pour vous se faire jour, la moindre lueur. La liste est suffisamment longue pour que vous y trouviez quelque chose pour vous et ne vous braquez pas quand des énoncés ne vous parlent pas. Permettez qu’ils parlent à d’autres !

• Bien sûr à tort, à notre seul détriment, nous endurons notre souffrance comme si nous étions cette souffrance, de la même façon que d’autres vivent leurs opinions comme s’ils étaient ces opinions).
• Ce pour quoi nous nous prenons ne peut pas aisément être relâché, cela étant utilisé pour tenter (en vain) de renforcer le sentiment d’exister dont on ignore l’inutilité ou même l’incongruité.
• Vouloir exister est incongru en ce sens que l’on ne peut pas ne pas être et que tout rajout identificatoire est une insulte envers notre véritable nature (même si elle n’en est pas affectée).
• C’est inévitablement effroyable de se prendre pour celle ou celui qui souffre alors que l’on est ce qui en est conscient, que l’on est la conscience ou la présence où tout apparaît et disparaît.
• Le douloureux se suffit à lui-même, nul besoin de lui rattacher une cause et surtout un « moi pensant subisseur », ce que nous faisons en toute ignorance. C’est la souffrance !
• Par les pensées, on fabrique de la souffrance à l’intérieur, là et à l’instant où il n’y a justement pas de problème. Reconnaissons-le !
• Si vous vous y prêtez une poignée de secondes, vous ne pouvez que constater qu’ici et maintenant, il n’y a pas de problème (abstraction faite d’une douleur passagère), un problème n’existant que s’il est pensé.
• Pour souffrir comme on souffre, il faut d’abord et surtout se dire des choses, il faut penser, penser à hier et à demain, à ce qui n’existe pas ou bien juger ce qui est ici et maintenant…
• Tant que l’histoire circonstancielle utilisée pour une vieille douleur reste plus importante que cette douleur, la souffrance est garantie pour longtemps.
• « La douleur est inévitable et la souffrance est facultative » (proverbe bouddhiste).
• L’inévitabilité de la douleur concerne sa survenance et sa pérennité est due à l’ignorance, à ce que l’on en fait et qui s’appelle « souffrance ».
• La remise en question de la souffrance n’est aucunement le déni d’une vieille douleur qui se niche en soi, mais qui n’a rien à voir avec la circonstance incriminée, aussi poignante que soit cette dernière en apparence !
• L’abandon de la souffrance, pour peu qu’il soit possible, n’est pas le dédain de la douleur, laquelle peut alors et enfin recevoir l’attention qu’elle mérite.
• En général, on exclut de considérer son conditionnement, parce qu’on a établi que la cause de sa souffrance est extérieure à soi et qu’on tient à cette conclusion plus que tout.
• Dès lors que l’on donne une cause à une douleur, réactionnellement, on mentalise cette douleur, on l’incube et l’on en fait de la souffrance.
• Des circonstances dites problématiques existent, à l’évidence, requérant interventions ou ajustements, mais la souffrance est autre chose, une implication mentale inutile.
• L’ignorance est l’état humain le plus répandu, le plus partagé, le mieux maintenu, et à mesure que l’on s’arrête (mentalement), qu’il y a regard libre, pleine écoute et « sentir conscient », la clarté jaillit et la souffrance décroît.
• Dans notre état de souffrance ou d’insatisfaction, il y a toujours du « faux », du crédit accordé à tort, et il est parfois facile de s’en rendre compte (d’autant plus si l’on s’y dispose).
• Alors que je souffre comme je souffre, puis-je envisager que je me dis bien des choses dont je ne peux même pas être sûr à 100% ?
• Ordinairement, faisant atrocement mal, tout ce que l’on se dit à propos de sa douleur est globalement faux. Et si c’était vrai ? Mais c’est vrai !
• Proposez à un proche en souffrance de vous dire ce qu’il pense de son mal et vous entendrez l’irréalité manifeste de ses allégations.
• La cause de toute souffrance est toujours en soi : culpabilité, séparation d’avec l’amour, penser destructeur, fabrication en direct de la souffrance.
• « Si l’on croit que sa souffrance a une cause extérieure à soi, on encouragera les autres à croire que des tiers causent leur souffrance » (Bernard Groom).
• La souffrance est une auto-infliction puisqu’elle dépend des seules pensées auxquelles nous accordons crédit.
• La cause de la souffrance est la souffrance elle-même. « Je souffre » signifie « je me fais mal » : « avoir mal » est l’effet », « se faire mal » est la cause.
• « JE M’en fais beaucoup » et mieux encore « JE M’en veux terriblement » sont des aveux qui ne laissent aucun doute quant à savoir qui blesse qui.
• « La cause de la souffrance se trouve dans l’identification de celui qui perçoit avec ce qu’il perçoit » (Nisargadatta Maharaj – cause et effet simultanés).
• Qui perçoit réactionnellement la violence se montre violent. Qui perçoit l’injustice qu’il déplore se montre injuste, d’abord envers lui-même…
• Un proche semble vous dédaigner, une perception à partir de laquelle vous rejouez le rôle du « subisseur » et, bien sûr, vous en souffrez : vous vous placez en tant que « subisseur » (la cause) et vous souffrez (l’effet).
• Un proche agit comme il agit (Dieu sait pourquoi ?) et vous n’en pensez strictement rien : il n’y a alors ni « subisseur », ni souffrance…
• On se fait ce que l’on éprouve ; on devient ce que l’on déplore ; on se donne ce que l’on a (les problèmes que l’on garde) ; on se sent frustré du fait de se priver ; on se sent coupable du fait de se culpabiliser ; on se sent seul ou esseulé du fait de s’isoler, de se séparer…
• ON fait souvent d’un rien un problème, mais ON le fait ! L’effet est le problème et la cause simultanée est « le faire », sa conception mentale…
• En souffrant, on se fabrique une expérience malheureuse : la vraie cause de ce que l’on éprouve est ce que l’on éprouve, effet et cause ne faisant qu’un.
• Quand vous souffrez comme vous souffrez, autrement dit quand vous pensez ce que vous pensez, ne voyez-vous pas que vous vous fabriquez en direct une expérience malheureuse ? Je fais cela aussi et je le vois !
• Quelle est la cause de la souffrance que je me fabrique ? Ma fabrication, c’est évident ! La souffrance est l’effet et la cause est la fabrication.
• C’est ici et maintenant que je deviens ce que je déplore. Le « devenir » ou le « déplorer » est la cause et le déploré est l’effet. Tout a lieu « ici et maintenant ».
• En termes de cause, voyez un peu tout ce que vous vous dites, ce que vous ressentez en est l’effet. Ne cherchez plus rien d’autre (sinon le « je » en cause ») !
• Pourquoi êtes-vous frustré, MAINTENANT (si vous l’êtes) ? Parce que, MAINTENANT, vous désirez, enviez ou espérez…
• Pourquoi désirez-vous ou espérez-vous, JUSTE MAINTENANT ? Parce que, JUSTE MAINTENANT, vous vous racontez une histoire appropriée.
• Pourquoi vous racontez-vous des histoires, MAINTENANT ? Parce que, MAINTENANT, vous n’êtes pas présent à ce qui est…
• On ne fait certes pas pour rien ce que l’on fait, ne fonctionne pas pour rien comme on fonctionne, mais l’ignorance de ses dysfonctionnements leur assure de beaux jours.
Se prendre pour ce que l’on n’est pas, positionnement partagé par « tout le monde » à un certain niveau, c’est la base de la souffrance humaine.
• La souffrance est de la réaction, du penser incongru et intempestif, de la fabrication mentale, mais comme on tient énormément à cela, on ne se dispose pas à le reconnaître.
• On n’est pas en « souffrance » à cause de ses réactions, mais du fait de ne pas les reconnaître comme telles ou, pire, de les revendiquer ou de les justifier.
• « Ce sont tes seules pensées qui te causent de la douleur » (Un cours en miracles), qui te font souffrir, penser pouvant être un supplice.
Toute pensée incongrue est en général un entérinement. « Je pense, donc je souffre », accréditant cependant l’idée que c’est le « monde » qui me fait souffrir.
• Réagir comme nous réagissons nous lèse, nous blesse, ce qui est donc complètement fou : « On ne souffre jamais que par sa propre folie ou par sa méchanceté » (Sénèque).

Pour finir cette première chronique consacrée à la souffrance, lisez le texte qui suit et voyez jusqu’à quel point vous pouvez le faire vôtre. Lisez-le comme si vous disiez les mots en votre propre nom et reconnaissez ce qui accroche. Simplement, voyez-le, permettez-le, si possible sans le revendiquer, sans rien en penser (sachant aussi que vous pourrez bien sûr me questionner). Sauf si le texte vous apparaît comme évidence, peut-être pourrez-vous le relire plusieurs fois (ainsi d’ailleurs que toute la chronique).

« Dans l’instant même, je souffre ou je ne me sens pas au mieux. Ce n’est (probablement) pas aussi violent que d’autres fois, d’autant moins que maintenant, je ne « me contente pas » de souffrir, d’être mal, mais je m’y arrête, le vois, et cela fait déjà une différence. Quand je suis au plus mal, je ne voudrais certainement pas faire ça (voir, sentir sciemment…), « préférant » en quelque sorte juste souffrir ! Pour se faire éprouver, la souffrance a besoin d’un conditionnement, d’une identification bien enracinée, d’une non-remise en question et surtout de l’ignorance…

Oh, je pourrais bien, tout de suite, élever le niveau de la souffrance ! Il me suffirait de me rappeler mieux la situation propice et d’en penser une fois de plus tout ce que j’en ai déjà pensé. C’est précisément ce que je fais ordinairement pour souffrir, pour être mal, malheureux, énervé, frustré, insatisfait, en manque, anxieux, déprimé, dans la haine, en rage, démuni, impuissant, désespéré, dans la peur, l’amertume, la tristesse, la honte, le regret, le remords, la culpabilité… Il suffit que je me raconte, me reraconte l’histoire du moment, une histoire passée ou une histoire inventée, imaginée, anticipée… et ça le fait !

Eh bien, une première chose que je ne vais pas faire juste maintenant, c’est mettre ou laisser mon attention sur l’éventuelle circonstance qui semble en ce moment être la cause de mon drame. Je n’en ai pas besoin. « Elle me fait du mal » ou je suis mal et il semble évident que ce dont j’ai à m’occuper est ce seul « je suis mal ». Certes, si je suis davantage en train de réagir, si je tiens à réagir, si je fais fi de la réalité qu’est la réaction, que je l’ignore, j’ai forcément besoin de l’histoire. Et au cas où l’histoire s’achèverait « un peu trop vite », pour continuer de réagir à ma convenance, il me faudrait au plus vite en trouver une autre, m’en attirer une autre. Cela, comme tout le monde, je le fais très bien !

Il se trouve que, juste maintenant, je peux m’arrêter sur « je suis mal ». C’est ce qui est, ici et maintenant. Aucune histoire n’est là dans l’instant, sinon dans ma tête, et ce qui est vraiment là, c’est un ressenti. Je le vois, je le sens, je le reconnais, je le permets puisque je me dispose à le considérer. Je n’y résiste pas puisque je veux le connaître mieux que jamais. Je veux être dans l’instant avec ce ressenti douloureux comme je sais peut-être être avec le chagrin d’un petit enfant.

Disons rapidement au passage que c’est sûrement être avec ma douleur, ma vraie douleur, comme je n’ai pu l’être enfant moi-même, n’ayant pas connu aux moments opportuns de bras consolateurs. Bon, que je n’en fasse pas une nouvelle histoire et que cela m’invite justement, en quelque sorte, à être consolateur, à être surtout « écoute », pure écoute ! La consolation est dans l’écoute véritable, laquelle n’a pas d’intention ni d’attente, parce qu’elle est amour inconditionnel.

Si le douloureux est là, il n’est déjà plus souffrance. Le douloureux peut être là, être reconnu, sans être bombardé de pensées, sans être étouffé par ces pensées, sans être une fois encore privé d’écoute aimante, de « bras consolateurs », sans cesse tenu de laisser la place à une nouvelle histoire, aujourd’hui celle-ci, hier celle-là, demain une autre… Le ressenti douloureux peut être accueilli, respecté, honoré, permis, apprécié, traité de la sorte sans autre intention ni attente, et c’est ainsi qu’il se résorbe, qu’il se libère, qu’il « s’évapore »…

Or, si c’est la première fois que je suis sciemment avec un ressenti douloureux, ayant pu le dissocier de toute histoire si prenante, je ne sais pas a priori quel en sera l’effet, je ne le sais pas encore, et c’est pourquoi je peux longtemps me priver de l’expérience. Eckhart Tolle nous dit : « Tant qu’il y a de la souffrance, mettez-y de la conscience. C’est une pratique très puissante ». Et Eckhart ajoute : « Quand on s’abandonne complètement à une douleur, on finit ‘étrangement’ par ne même plus pouvoir l’appeler ‘douleur’, chacun devant le vérifier pour lui-même ».

En attendant, il y a, disons « au bas de l’échelle », une histoire effroyable, à l’échelon supérieur une grosse réaction contre cette histoire (lamentation, indignation, rumination…). Un échelon plus haut, ce n’est plus qu’un ressenti douloureux, un vieux ressenti douloureux, qui ne concerne même pas l’histoire et qui, accueilli comme tel, n’est même pas si terrible ! Et, étant monté d’un ou de deux échelons, sont vus le ressenti douloureux, la réaction, la situation, toute la souffrance. À cette hauteur de l’échelle ou juste un peu plus haut, il n’y a même pas le « quelqu’un » qui souffre ou qui a souffert, il n’y a plus que conscience de tout le jeu et de ce qui est. Maintenant, ce qui est, potentiellement, peut déjà être très différent.

Comme je ne suis pas encore tout en haut de l’échelle, je fais (ou peux faire) une expérience étrange, insolite, presque inconcevable : la souffrance n’est plus et je ne connais pas ça. Je me sens un peu hagard. Peut-être, proportion gardée, suis-je comme ce prisonnier qui fut emprisonné à tort pendant quarante ans et qu’on libère soudainement, sans précaution. Nous ne savons pas d’emblée vivre la liberté, la paix, l’amour… Vais-je m’élever d’un échelon ou redescendre, aller de l’avant ou retourner dans ma prison ? Il est plus facile ou sinon plus habituel de cultiver de la souffrance que de s’ouvrir à la paix et à l’amour.

Cette fois, autant que je le peux, je teste ou au moins invoque l’état sans intention ni attente, sans jugement. Je ne cherche aucun repère et je laisse être ce qui est. J’apprécie la différence, même si elle est subtile. Pour une fois, je remplace le vouloir et la résistance par la seule appréciation. Je vois cela se faire, je ne fais rien ! Je rends grâce de connaître ou reconnaître la possibilité de demeurer sans la souffrance, de m’en détacher désormais, de me libérer de ce que je ne suis pas… ». (À suivre)

• Les lueurs vues et appréciées, comme dans ces pages, sans être niées ni discutées, grossissent le soleil de l’existence de qui aime s’y baigner, s’y retrouver, face alors à la solitude libératrice et épanouissante.
• « Celui qui souffre est fondamentalement seul, et seul il doit pardonner, c’est désormais son unique chemin » (Martine Arzur).

BONNE ANNÉE, UNE ANNÉE OÙ, AVANT LES AUTRES, la paix, l’amour, LE PLAISIR, L’ENTHOUSIASME ET LE BONHEUR SE SUBSTITUENT DE JOUR EN JOUR À TOUTE FORME DE SOUFFRANCE !


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