« Je ne sais pas » et tout est bien (Amor fati)

En ce matin de septembre (17.09.2018), tout en me sentant bien, je vis donc un instant tranquille où « je ne sais pas », où je suis sciemment avec le « je ne sais pas ». Oh, d’habitude, je ne sais pas davantage, mais je n’en suis pas (sciemment) conscient ! Dans le cas présent, je vis ou revis « je ne sais pas », de façon devenue limpide, évidente. D’abord, ça a été un vécu ou une impression un peu étrange et j’ai fini par l’identifier : « Je ne sais pas ». Cela pourrait signifier « reconnaître la réfutation humaine et ordinaire de la réalité ». À un certain niveau, le positionnement « tout est établi ou prévisible » est une illusion, voire une aberration.

Ce fut bon et c’est encore bon d’être avec « je ne sais pas » sans en faire un problème, sans même me précipiter dans une activité. L’agitation est courante quand on ne sait pas ! En fait, j’ai failli m’activer, mais l’attention ou l’intérêt n’y était pas. Certains moyens de me distraire n’étaient ou ne sont pas envisageables dans l’instant. Face au « je ne sais pas » éprouvé confusément, inconsciemment, il peut être tentant de s’empresser de faire ou de dire « n’importe quoi ». Et j’ai pensé soudainement à ma prochaine chronique qui n’est pas encore rédigée. Pour l’heure, je n’ai pas le sujet, ni la moindre petite idée éditoriale. En fait, « je ne sais pas », mais finalement, l’idée de départ pourrait bien être cela même, le « je ne sais pas ».

Comprenez qu’il ne s’agit pas ici, pour l’essentiel, d’une chose ou d’une autre, de ceci ou de cela que je pourrais éventuellement savoir et qu’en l’occurrence, je ne saurais pas. J’évoque un état qui est d’abord connu comme celui de quiconque est à même d’aborder une circonstance sans rien lui superposer de sa mémoire, de son expérience, de ses connaissances, possibilité rarement rencontrée, et qui renvoie aussi ou surtout à une réalité fondamentale : nous ne savons rien du devenir réel, du « déploiement de la conscience », de ce qui est au-delà des formes (physiques et subtiles).

Sans doute en me référant davantage à des données spécifiques, j’ai régulièrement évoqué le fait de ne pas savoir (tweets, chroniques, commentaires…), mais là, je le vis en direct. Je le visite de belle manière et de façon plus vaste. Mes chroniques mensuelles depuis treize ans me permettent de faire le partage de ce que je « vois », présentant les choses comme des possibilités, des propositions et dont chacun peut à loisir s’en faire des auto-invitations. Pour l’instant, je ne sais pas quoi apporter. Je n’ai pas à l’esprit une demande qui serait en attente. Je ne me sens même pas tenu par un engagement. Je me sens libre et je ne sais pas, et je reconnais en pleine conscience la réalité du « je ne sais pas » !… « Ne pas savoir » est une des réalités humaines les plus communes, souvent endurée comme un obstacle, une dévalorisation, un problème…

Nous ne sommes pas et ne pouvons pas être tenus de savoir ce que nous ne savons pas, ni surtout et plus simplement de savoir conceptuellement ce qui n’est pas mental, ce qui n’est pas matériel. Je ne sais pas, que voudriez-vous que j’y fasse ? Et vous ne savez pas davantage ! Ce qui est beau, c’est la pleine acceptation de ne pas savoir et plus encore l’abandon des intentions ou prétentions trompeuses. Cela implique aussi de ne pas chercher à savoir. Quelle liberté ! Nous ne sommes pas les « sachants » que nous pourrions prétendre être, ni ne le pouvons, ni n’en avons besoin. De surcroît, trouve et apprend – à l’instar du petit enfant qui découvre le monde – celui qui REGARDE sans rien chercher.

Prétendre savoir, d’autant plus quand on ne sait pas, est certainement un manque d’humilité, mais l’acceptation de ne pas savoir est davantage la conscience de la facilité ou de la légèreté qu’un témoignage d’humilité. Je me sens léger, tranquille et non pas humble. On ne peut certainement pas se sentir humble ! Bref, manifestement, nous n’allons pas parler d’humilité. L’ego repose sur une banque de données, sur de la mémoire, mais il ne sait rien – tout en croyant savoir beaucoup.

J’ai eu à m’interrompre, ici, pour donner une consultation. Sans surprise, à cette occasion, je voyais l’évidence, mais peut-être ai-je encore été étonné, été comme étonné, de ce que cette évidence n’apparaisse pas pareillement à tout le monde. Je ne devrais pourtant pas être étonné car ce que je finis par voir de mes propres vieux schémas n’était pas moins évident avant conscientisation. En fait, j’ai toujours fonctionné comme si l’on savait, comme si tout le monde savait. Or, en perdant la vue et dans mes divers environnements, je me suis surtout éprouvé comme étant le seul à ne pas voir. Et de voir à savoir, il n’y a qu’un pas. Nous prétendons savoir ou restons positionnés comme si nous savions tandis que nous ne voyons même pas l’évidence, celle qui pourrait sauter aux yeux ou « au cœur ».

Au passage, j’ai vu aussi l’aspect « distraction » de la consultation (un aspect ponctuel et toujours possible). Ce n’est pas tout ou rien ! En vivant cette dernière consultation, je n’aurais plus pu éprouver « je ne sais que faire », puisque j’étais occupé. Maintenant qu’elle est passée, je n’en sais toujours pas plus. Il me vient en même temps que tout ce que l’on fait ou voudrait faire, toutes les positions que l’on adopte ne servent qu’une intention passagère, fort limitée, illusoire. Que ne fait-on pas parfois pour se débarrasser de ceci ou de cela ? Et, en réalité, on ne se débarrasse de rien du tout puisqu’il est exclusivement question d’éviter du ressenti. On l’évite momentanément, au mieux, mais c’est tout !

Il me semble évident qu’un certain malaise accompagne forcément le non-savoir, le « je ne sais pas » non reconnu comme tel ou auquel on résiste. Souvent, on reste positionné comme si l’on savait, se racontant des histoires, et l’on s’en arrange ainsi. Or, une réalité demeure, on ne sait pas, et le malaise se fait éprouver tôt ou tard. Le malaise n’est évidemment pas dû au simple fait de ne pas savoir, mais il repose sur la façon dont on vit ce fait : « Je devrais savoir ; il faut que je sache ; oh, je sais bien ! (prétention) ; mais qu’est-ce qui se passe ? » Les réponses ou les explications que l’on se donne alors que l’on ne sait pas, en réalité, ne peuvent qu’aboutir à plus de malaise, plus de confusion. Et j’ai déjà souligné que la posture incongrue « je sais » empêche de recevoir toute information ou toute impression nouvelle.

Bien sûr, c’est notre conditionnement qui nous amène à éprouver le « je ne sais pas » comme nous l’endurons, prétendant alors savoir, surtout savoir mieux qu’autrui, se dévalorisant de façon parfois extrême ou encore cherchant à savoir coûte que coûte… D’autres adoptent la posture « je ne veux rien savoir », histoire de s’assurer la possibilité de réagir comme ils réagissent. Eh bien, sachons au moins que nous sommes tous conditionnés et que, jusqu’à reconnaissance et libération, il ne nous est absolument pas possible de réagir autrement que nous réagissons, de fonctionner autrement que nous fonctionnons.

Ordinairement, du fait de notre conditionnement (familial et ancestral), nous évoluons à travers une posture plus ou moins réactionnelle, dans la résignation, la soumission, la lamentation, la rébellion et/ou la rumination, pris par le penser intempestif (comparaison, jugement, accusation, autoaccusation…). Et cela, longtemps, nous ne le percevons pas, prompts à le réfuter si nous sommes invités à l’envisager. Et quand nous l’avons reconnu, nous y succombons encore, parce que la reconnaissance est partielle et/ou que le conditionnement est d’une puissance incommensurable.

Et puis, le cas échéant, nous avons commencé à reconnaître combien ou comment c’est effectivement notre réalité chronique. Outre ce que nous pourrions nous rappeler à cet égard, outre de nouvelles compréhensions toujours possibles, nous pouvons tester – ne serait-ce que de brefs moments, renouvelables – une autre réponse à ce qui se présente, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ce qui se présente intérieurement, ce sont des pensées, des souvenirs, des émotions, des perceptions, des tendances, des postures et conduites conditionnées…

Dans l’instant, à titre d’exemples, il y a un nouveau commercial qui poursuit son harcèlement téléphonique, un appareil dont j’avais besoin et qui tombe en panne, un bruit de couloir accusateur, une angoisse, une humeur maussade, de la colère, une envie irrésistible, et encore de la violence et de la cruauté dans le monde, etc. et peu importe ! Ce qui est… est. Et je ne puis rien de toute façon pour faire que cela ne soit pas. Donc, c’est. Ce qui est… est. Et alors ?

À quoi cela m’avance-t-il d’en dire quoi que ce soit, d’en penser quoi que ce soit ? Qu’est-ce qui sous-tend ma disposition à faire savoir à mon entourage ou au monde entier ce que j’en pense ? Me prendrais-je pour une sorte d’autorité incontestable, voire pour un dieu ? Je détiendrais la bonne parole et serais celui qui doit la délivrer ! Cela ne semble-t-il pas un peu délirant ? Quand je me suis vu dans cette posture même, j’ai ri jaune. Quand je l’ai revue, j’ai ri de bon cœur !

Ce qui est, ce qui demeure et qui pourrait finir par me perturber le plus, c’est ceci ou cela dont j’ai honte ou dont je me sens coupable. Or, pour me sentir coupable, que ne faut-il pas que je prétende ? J’aurais dû agir autrement, m’exprimer différemment, faire autre chose… On a souvent dit ou entendu que l’on n’a pas pu agir mieux que l’on a agi, que l’on a toujours agi du mieux que l’on a pu. En vérité, on n’est responsable de rien, ni des pensées qui surgissent, ni des actes qui en découlent. Qui décide de ce à quoi il va penser durant la prochaine heure ? Qui sait d’avance ce qu’il va faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire ? Nous ne savons rien !

Maintenant, qu’en est-il de ce moment où l’on dirait ou ressentirait quelque chose comme : « Stop ! Ça suffit ! J’en ai assez de plaquer un point de vue sur toute chose, de faire comme si je savais et même d’y croire ! Je lâche prise, je lâche ça ! Je reviens à moi ou à « ici et maintenant ». Je me cantonne à reconnaître ce qui est et je n’obéis plus au besoin compulsif de lui superposer un avis, un jugement, une condamnation… En fait, je me dispose à me « ré-unir » à la paix et à l’amour qui demeurent à jamais. » Oui, ils demeurent à jamais. L’espace ne disparaît pas quand il est encombré. Le bruit émerge toujours du silence ; le silence est à jamais le « lieu » où émergent les sons…

Il n’y a rien à changer nulle part, ni dans le monde, ni en soi-même. Comment ça ? D’abord, il s’agit ici de ce sur quoi nous n’avons pas la « mainmise » directe, que ce soit de façon professionnelle ou même individuelle et collective. Considérer que des choses doivent changer, c’est vouloir les changer ou vouloir qu’elles changent, et ce vouloir est problématique, réactionnel et contreproductif. Il est aussi cause de frustration, de conflits, de souffrance… Comme résister à reconnaître ce qui est, résister à poser des actes qui s’imposent, qui sont possibles…, c’est « user de liberté », mais aussi s’offrir de quoi demeurer dans la réaction et dans la souffrance. Le vouloir ordinaire est de la réaction.

Ce qui doit changer ou gagne à changer change le moment venu, quand le vouloir ne fait plus obstacle, quand le niveau de reconnaissance (de ce qui est) est suffisamment pur et élevé. La Vie ou l’Intelligence universelle que nous sommes se passe bien de nos avis conditionnés pour permettre l’harmonisation, là où le « terrain » s’y prête. Elle se passe, pourrait se passer aussi des croupières que nous taillons, que nous nous taillons… Or, répétons-le, c’est ce qui est !

Alors, cool ! La vie s’occupe de tout, jusqu’à nous souffler une idée, un élan, une action, jusqu’à nous attirer la « bonne personne », la bonne occasion, nous inspirer la compréhension utile… Ici et maintenant, tout est bien, tout va bien, « l’éprouvé » est seulement dans les pensées. Même le douloureux, libérateur quand il est reconnu, se mue en « éprouvé », en souffrance, quand les pensées s’en emparent. Et c’est toujours et encore ce qui est, n’en faisons pas un problème ! Ne faisons pas d’un « problème » un problème ! Cool !

Oui, mais… Oui, mais… Oui, mais… Ah !…

Paix, amour.

Rien n’est à changer, ni même la souffrance, mais tout est à reconnaître. Que se passe-t-il quand vous vous sentez reconnu ?

Quand vous vous sentez enfin reconnu, quand votre travail, vos actions ou votre générosité est enfin reconnue, vraiment reconnue, pourriez-vous en nier l’effet produit sur vous ?

Que nous le voulions ou non, nous n’avons jamais rien vécu de mieux qu’à partir d’une vraie reconnaissance, le vouloir et la résistance nous ayant toujours desservis.

L’effet heureux de la reconnaissance reçue est le même quand la reconnaissance est donnée. Toute forme de reconnaissance est de l’amour.

Sans le vouloir, sans la résistance, avec la reconnaissance pure et simple de ce qui est, tout change, à commencer, de façon immédiate, par son expérience intérieure.

Ce qui est reconnu est transformé et il est dit que même les fleurs répondent à la reconnaissance, à la présence qui leur est accordée.

Reconnaissez qui vous êtes, y compris vos limites imaginaires, et vous vous épanouirez, aussi merveilleusement qu’une fleur !


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