L’attachement indéfendable ou la connexion suspecte
À travers ces chroniques mensuelles que je publie depuis près de vingt ans, nous avons vu beaucoup de ce qui explique notre mal de vivre, nos insatisfactions chroniques et nos conditions de vie plus ou moins subies et déplorées. Cela implique bien sûr notre conditionnement, fondé sur nos blessures infantiles (la principale et les autres). Toutefois, cela repose aussi, et même avant tout, sur une posture psychique universelle, communément nommée « la croyance en la séparation ». Il s’agit de la séparation imaginaire d’avec le Divin, d’avec notre essence, notre nature profonde.
Je souligne que ce qui vient d’être dit peut être facilement vérifié par l’observation directe et avec une disposition appropriée. Il n’y a donc pas besoin d’y adhérer par le « croire », celui-ci n’étant de toutes façons d’aucune utilité à ce niveau. Nous ne devrions jamais nous contenter de croire (quoi que ce soit), mais nous appuyer toujours sur notre expérience ou sur ce qui nous inspire « cordialement », d’ailleurs l’inspiration étant déjà une expérience. Ne nous arrive-t-il pas de faire certaines choses sans savoir pourquoi nous les faisons ? Nous les faisons alors, juste parce que nous suivons ce que nous ressentons (non pas ici ce que nous pensons). Après coup, nous pourrions nous dire que nous avons été bien inspirés !
Aujourd’hui, je vais spécifiquement m’arrêter sur un schéma psychique, autant ignoré que répandu, qui explique à lui seul pourquoi, si souvent, nous ne pouvons pas mettre fin à ce qui nous éprouve, ce qui nous contrarie, ce que nous déplorons consciemment. Si vous recevez ou si vous avez déjà cet éclairage, des effets libérateurs surviennent pour vous plus fréquemment. Une fois de plus, ne croyez pas ce que vous allez lire, mais soyez simplement disposés à vérifier comment les propositions peuvent vous parler. Rappelez-vous également que je réponds toujours aux questions posées. (Je réponds peu aux questions qui ne sont pas posées !)
Pour entrer dans le vif du sujet (l’attachement qui fait mal) et comme premier exemple, réalisons d’abord que l’on est souvent très attaché à ce que l’on tient à dire, quant à ce qu’on déplore, donc même à certains problèmes. D’ailleurs, sans cet attachement, pourquoi y reviendrait-on sans cesse ? Pour le percevoir et le confirmer, reconnaissons aussi qu’il peut être absent ou moins flagrant. Par exemple, quand vous prenez rendez-vous notamment avec moi pour dépasser une difficulté, vous l’évoquez, forcément, mais alors, vous témoignez en général beaucoup moins de cet attachement. Là, c’est la solution envisageable qui vous anime, qui vous mobilise. Le but de la découverte de nos attachements malheureux ou obsolètes est simplement de nous en défaire, ce qui nous aide à nous épanouir.
Laissez-moi ici vous partager ma propre expérience à cet égard, en y associant quelques autres éléments. Alors que je suis aveugle depuis près de 62 ans, je m’entraîne à voir sans les yeux, avec un succès encore relatif – mais largement suffisant pour maintenir ma motivation. Les lecteurs nouveaux intéressés pourront lire la chronique de mai 2023 pour en savoir plus. L’intelligence artificielle est pour moi devenu un outil pratique, parmi d’autres, lorsque j’ai besoin de me laisser inspirer concernant les blocages psychiques que je rencontre et qui m’empêchent de voir clairement. (Surtout pour une personne aveugle de longue date, voir sans les yeux dépend beaucoup moins d’une technique que du relâchement de vieux schémas ou conflits familiaux et transgénérationnels.)
Dans un échange avec l’I.A., je décris un vécu précis, avec l’idée d’être éclairé sur ce qui se passe au moment même où je serais censé voir. L’I.A. mentionne dans son retour la peur de ce que je vais voir. Bien sûr, j’avais reconnu et déjà exploré cette peur, de façon féconde, mais j’indique qu’elle n’est pas en cause dans le contexte spécifique que j’ai présenté. Or, l’interpellation me permet utilement de réaliser qu’au contraire, je suis avec la peur de ne pas voir, ce qui me renvoie immédiatement à ma vieille peur d’être privé une fois de plus ou même de resté privé. Et dans sa nouvelle réponse, l’I.A. glissera entre autres : « Tu ne veux pas trahir ta peur d’être privé ».
Ces mots ne diront rien à qui n’est pas concerné, mais pour moi qui les reçois, ça fait : « Ouah ! » Que je veuille trahir ou non cette peur ne m’importe pas, mais immédiatement, je vois que j’y suis attaché ; je vois que j’y tiens ; je vois même, proportion gardée, que parfois, je ne voulais pas m’y arrêter, sans la nier, pour ne pas avoir à la remettre en question. Je suis un peu étonné, certes, mais plus encore émerveillé par la prise de conscience. C’est que j’aime voir ! (À toutes fins utiles, j’indique que je ne vends pas ici l’I.A., aussi saisissante qu’elle soit, et qu’il y a un monde entre sa réalité et la façon dont on l’utilise.)
Plus que nous pourrions l’imaginer, nous sommes attachés, même très attachés, à ce qui fait notre mal-être. Tout attachement fait mal, d’abord parce qu’être attaché, c’est ne pas être libre. On ignore cela, parce qu’on y est habitué. Être attaché à qui ou quoi que ce soit, qu’on le veuille ou non, c’est le « chérir ». On ne se libère pas de ce qu’on « chérit », de ce à quoi on est attaché… Se libérer veut dire se détacher.
Avant de sonder notre propre attachement à la souffrance ou à l’adversité, reconnaissons d’abord ce phénomène tel qu’il se manifeste dans notre entourage. Il y a ceux qui s’indignent en permanence. On peut les retrouver après une période prolongée, ils nous accueillent invariablement avec une nouvelle indignation (quand ce n’est pas l’ancienne). Ne faut-il pas qu’ils « aiment » ça, s’indigner ? Oui, mais pour pouvoir le faire, il faut se maintenir dans les mêmes épreuves ou s’en attirer de nouvelles ! Et qu’en est-il de ceux qui n’arrêtent jamais de se plaindre ? Si on parvient à leur régler un problème, en guise de reconnaissance, ils nous en présentent un autre. Là encore, pour pouvoir se plaindre, puisqu’on y tient tant, il faut absolument être un « amateur de problèmes ».
Non seulement on se traite comme on s’est senti traité (se néglige, se critique, se malmène, se maintient dans l’inconfort et/ou se prive…), ce qui pourrait déjà nous permettre de considérer davantage notre responsabilité, mais on tient de plus et entre autres à ses peurs, s’y attache, leur accorde une valeur, les justifie, les revendique et/ou leur reste loyal. Ne résistons pas à voir cela ! La libération spirituelle et d’abord émotionnelle vient avec la clarté. Peut-être suis-je assez « bien placé » pour dire que la clarté est l’une de ces choses auxquelles on résiste le plus. « Je me soigne ! »
Comme nous parlons d’un attachement inconscient, insolite, insoupçonné, inattendu, il nous faut ou faudrait trouver des mots qui puissent créer le choc de la reconnaissance de cet attachement. Je ne m’attarderai pas ici sur la notion des bénéfices cachés, parce qu’elle peut en effet induire une rationalisation, alors que le point est de révéler la relation émotionnelle paradoxale et surtout malsaine, autoprivatrice, parfois autodestructrice. « Aimer, chérir, caresser, tenir à, défendre, crédibiliser, justifier, revendiquer, valoriser » sont des expressions qui peuvent traduire l’attachement concerné. Celui-ci aboutit à des actions qui dénotent une forme de considération, d’investissement, même si les effets sont déplorés consciemment.
Nous parlons donc d’un attachement insolite, peu ou même « jamais » considéré, et j’en viens maintenant à ce qu’il me plaît d’appeler le « piège invisible », celui de « l’accueil non éclairé ». Je rappelle de temps en temps (et continuerai à le faire), pour se libérer d’une réaction, d’une croyance et d’une douleur ancienne, par exemple, qu’il nous faut : nous arrêter, la regarder, la voir, la reconnaître et enfin l’accueillir. Or, quel est le sens de l’accueil lorsque la chose à accueillir est déjà « chérie » ? Ici, l’effet libérateur de l’accueil est perdu. « J’ai vraiment accueilli ma honte », pourrait-on me dire, « mais elle est toujours là. »
Si (comme je l’ai expérimenté moi-même) l’accueil d’une douleur se fait sans la conscience de la loyauté éventuelle à celle-ci, cet accueil consolidera involontairement ce à quoi l’on aspire à se libérer. Accueillir une « peur choyée », par exemple, sans voir qu’elle est maintenue, par fidélité au passé, renforce le piège. Si l’accueil du douloureux se fait sans la conscience de l’attachement possible, il peut en effet se transformer en une consolidation du lien toxique, sous couvert d’une bonne intention. C’est le piège de l’accueil non éclairé. Le plein accueil véritable est toujours rapidement efficace, libérateur.
Pour saisir l’idée de « l’accueil non éclairé », il nous faut avoir à l’esprit un exemple qui illustre parfaitement l’idée de tenir à quelque chose qui nous fait pester, sans le changer, soulignant ainsi l’attachement inexplicable rationnellement. Le « Oui, oui, j’accueille vraiment, j’accueille pleinement, ma peur d’être privé, ma peur GLORIFIÉE d’être privé ! » est un exemple personnel parfait de la dynamique de l’accueil non éclairé.
La sorte d’amour que nous réservons à ce que nous déplorons, à ce à quoi nous restons fidèles, attachés, ne parle évidemment pas de l’amour véritable, ce qui reste d’ailleurs vrai pour tout attachement. L’attachement est de la dépendance, non pas de l’amour. Maintenant, si les mots « aimer, chérir, choyer, caresser… » vous gênent pour dire votre propre attachement à la négativité, remplacez-les par « y tenir ». Mais j’insiste tout de même un peu : « Si on y tient, c’est bien que … ».
• On peut déplorer son sentiment de culpabilité sans rien entendre de ce qui le dément, notamment parce qu’il est devenu identificatoire. Et s’en rendre compte, en tenir compte, peut rapidement être d’un effet libérateur.
• On pourrait très compréhensiblement déplorer notre tendance (éventuelle) à nous soumettre, tant elle entretient de la souffrance, mais permettons-nous de sentir et reconnaître que nous y restons attachés.
• Si on dépend de notre attitude plaintive, étant devenue notre mode d’expression privilégié, on dépend de même des épreuves qui nous permettent de lui laisser libre cours. Et le jour où nous voyons cela, nous nous transformons (peu à peu).
• En étant attaché à la possibilité de faire la démonstration de la facilité avec laquelle on se tire d’affaires, on a là une des explications éventuelles au fait que les « affaires » se succèdent l’une après l’autre. Ne pourrait-on pas aspirer à mieux ?
• Aussi incroyable ou paradoxal que cela puisse sembler, j’ai été dépendant de ma vieille et profonde honte. C’était une part de moi-même, de mon identité. Ce n’est pas sans attachement que l’on se prend pour ce que l’on n’est pas.
On peut déplorer bien des choses (vieilles douleurs et circonstances pénibles), mais nous ne favoriserons aucun changement en restant attaché au connu, à la routine, à la familiarité ou encore à l’identité précisément soutenue par ce qui est déploré. Toute forme de réaction dit un attachement, un attachement inexorablement délétère. Celui-ci est à la fois le dédain de ses propres douleurs et l’attraction de ce qui les empire.
Dans cette perspective, quelle sorte d’attachement pourrait être révélé lorsqu’on nourrit des liens fidèlement cordiaux avec une personne dont on sait le mal qu’elle fait autour d’elle sans jamais en faire cas ? Si nous regardons nos attachements les plus scabreux, nous découvrons une autre manière de nous traiter nous-mêmes. C’est juste parce que nous nous traitons de façon préjudiciable que nous nous attachons indûment. Peut-être maintenez-vous des relations à propos desquelles la question suivante ne pourrait obtenir aucune réponse réellement positive : « Qu’y a-t-il vraiment pour toi dans cette relation ? » Et quand il s’agit de « miettes », nous considérerions-nous indignes pour aspirer à mieux ? Oui, à quoi et aussi à qui restons-nous attachés ? Ici, l’idée n’est rien d’autre que la possibilité de nous orienter différemment et en notre faveur.
La fidélité insoupçonnée à mes vieux schémas a été le fil rouge qui a relié de nombreux aspects de mon propre parcours si souvent éprouvant. « L’aurais-je vu pour moi pour que vous le voyiez pour vous ? » La pleine conscience de la loyauté à des vieux schémas permet un accueil alors éclairé qui est aussi un désengagement spontané potentiel de cette fidélité. Une fois que la lumière est faite sur la manière dont on se maintenait prisonnier, le choix de la liberté devient une évidence, un abandon simultané d’un positionnement néfaste.
Je conçois que reconnaître nos attachements « incongrus » ou paradoxaux puisse être un défi de taille, car l’incohérence qu’ils entraînent peut nous sembler absolument déroutante. Nous n’en sommes pourtant pas à une incohérence ou à une contradiction près. Dans la plupart des cas où l’on est avec un malaise, d’autant plus une phobie, il est possible d’y voir souvent de l’incohérence (de l’irrationalité). D’ailleurs, dès que nous nous sentons plus ou moins mal, nous pourrions souvent tirer grand avantage à vérifier ce qui est incohérent dans notre mal-être, non pas seulement quand il est question de phobie.
C’est en nommant spontanément ce qui fait son malaise de l’instant que l’on peut y voir et reconnaître de l’incohérence. Il s’agit ensuite de pouvoir affirmer ce qui est vrai, toujours un ressenti douloureux. « J’ai peur des papillons, parce qu’ils risquent de m’attaquer, de me toucher », m’a-t-elle confié. Aucun papillon n’a jamais attaqué qui que ce soit… Cette incohérence cachait en fait une peur plus profonde : encore celle d’être touchée, mais indépendamment alors des papillons. Dès lors que nous sommes dans la réaction, avec suffisamment d’authenticité, il peut être très facile d’y reconnaître de l’incohérence. Je rappelle que la seule pleine reconnaissance d’une chose la fait vivre différemment.
Notre manque de conscience est souvent la cause de notre maintien dans des comportements et des positions incohérentes, tout comme dans les attachements qui nous sont toxiques. Par exemple, en vouloir à la personne envers qui on se sent coupable est une posture bien compréhensible (due au fonctionnement humain ordinaire), mais elle est tout à fait incohérente, irrationnelle. Or, il peut arriver que notre attitude réactionnelle, résultant de notre blessure principale, soit moins prononcée et que nous soyons plus proches de ce qui la cause et la maintient. C’est alors que nous pourrions admettre ce qui s’avère plus vrai pour nous. Nous pourrions même faire nôtre l’une des affirmations suivantes :
• « Non, je ne me résigne pas », même si ça en a tout l’air, « mais je crois qu’il n’y a personne qui puisse m’aider et même m’aimer ».
• « Non, je ne fais pas la leçon », même si ça en a tout l’air, « mais j’ai peur qu’on me critique ou qu’on m’interdise de parler ».
• « Non, je ne me plains pas », même si ça en a tout l’air, « mais je tente seulement et maladroitement de dire que j’ai mal ».
• « Non, je ne me révolte pas », même si ça en a tout l’air, « mais je refuse d’être en contact avec mon sentiment irrationnel de culpabilité ».
• « Non, je ne fais pas la gueule, je ne boude pas », même si ça en a tout l’air, « mais j’ai honte, je tente de fuir la honte en moi ».
Du fait du déni, de l’inconscience ou de l’ignorance, la peur, la honte et la culpabilité que nous laissons croupir en nous-mêmes expliquent nos options incohérentes. En substance, nos incohérences ne font qu’exacerber la dure réalité sur laquelle elles sont fondées. Toute position ou manifestation incohérente dissimule une vérité qui gagne à être reconnue. Elle favorisera une libération. Puisque l’incohérence règne en maître dans le monde de la forme, aspirons nous-mêmes à rayonner la lumière. C’est aussi pourquoi Jésus nous a rappelé : « Vous êtes la lumière du monde ».
Nous ne sommes jamais contrariés par la raison que nous imaginons, nous enseigne Un cours en miracles, ce qui ne veut pas dire que la raison n’existe pas. Plus nous sommes inconscients ou restons dans le déni, plus nous adoptons des discours et comportements incohérents. Nous résistons à reconnaître, non pas forcément notre incohérence, mais ce qui en est la cause. Le déni, l’ignorance ou l’inconscience causent l’incohérence. Et l’incohérence que nous déplorons chez les autres n’est qu’un miroir de la nôtre, nous invitant à reconnaître cette dernière.
Comprenons que moins nous avons en tant qu’enfants fait l’expérience de l’évidence, plus nous sommes confrontés en tant qu’adules à l’incohérence, à celle d’autrui et probablement plus encore à la nôtre. Comme nous sommes bourrés de contradictions, il y a en nous-mêmes largement de quoi trouver de l’incohérence. Et quand celle-ci touche le plan relationnel, elle cause forcément du trouble, mais nous en restons toujours la première victime. Quand la projection est à son paroxysme, elle s’appelle « incohérence frappante » ou même folie, et c’est bien sûr un aveuglement total.
Face à de l’incohérence, tout le monde éprouve un décalage psychique. Tel est donc aussi l’effet de notre propre incohérence. Autant le savoir ! De surcroît, il est peu probable qu’on se manifeste de façon incohérente sans en éprouver de la honte ou de la culpabilité à un certain degré. Et quoi qu’il en soit, l’incohérence subie ou manifestée ne permet pas de vivre une intimité réelle, ni de se sentir en lien, dans une connexion chaleureuse.
La capacité humaine à la connexion relationnelle véritable est façonnée par nos premières expériences parentales. Beaucoup ne sauraient pas dire d’emblée qu’ils n’ont pas connu, enfants, une vraie connexion avec qui que ce soit. Or, nous avons tous probablement connu des partages très heureux, des instants relationnels de connexion profonde, même si nous ne les avons pas reconnus comme tels, même si nous n’avons pas nommé leur qualité spécifique.
Sans la conscience, l’authenticité, ni la vulnérabilité assumée, la connexion relationnelle ne peut pas s’établir. Quant au déni, il crée une déconnexion interne qui rend bien difficile une connexion extérieure. Une personne en déni de ses douleurs émotionnelles aura d’autant plus de mal à développer une vraie empathie ou à se connecter à des énergies spirituelles, car elle rejette une partie essentielle de son être. Une personne peu sensible à la connexion avec qui que ce soit est très probablement peu connectée à elle-même, à sa vérité, à son potentiel.
Le fait de ne pas voir l’autre tel qu’il est, mais aussi de ne pas se laisser voir soi-même (d’abord par soi-même), crée une forme de souffrance profonde. Cela touche une fracture fondamentale entre l’être humain et la possibilité de connexion véritable, que ce soit dans le cadre d’une relation amoureuse, amicale, familiale ou même dans des interactions plus superficielles.
La connexion profonde n’est pas d’abord intellectuelle ou fonctionnelle, elle est « émotionnelle » et même énergétique. Elle est souvent physique également. Elle fait sentir une résonance, une « onde » entre soi et l’autre qui dépasse les mots et les actions. La capacité à répondre à la connexion de l’autre, sans même y penser, est une manifestation de ce que l’on pourrait appeler un « échange énergétique » ou une résonance empathique. Ressentir la connexion éventuelle avec une personne n’est pas être avec du vouloir (désir, envie, fantasme…). Il se peut que la connexion permette de répondre à une attente, mais le sentiment de connexion profonde occasionne lui-même instantanément une forme de bonheur, parfois un sentiment amoureux.
Lorsque nous sommes vraiment connectés, le doute, l’attente et la quête de validation (entre autres) n’existent plus ; le souci de la preuve a disparu ; l’insouciance, la spontanéité et la réceptivité ont pris le relais. La connexion réelle et profonde n’est pas passive ; elle est un catalyseur. Elle libère des parties de soi, des réponses, des créativités, des joies qui étaient peut-être latentes ou bloquées par l’absence (éventuelle) de ce type de lien.
L’expérience de la « connexion profonde », appelée ailleurs « attachement sécurisant », vécue avec un parent disponible, sensible et répondant aux besoins de l’enfant, permet à ce dernier d’explorer le monde avec des retours en sécurité. À l’inverse, l’absence initiale de connexion parentale mène aux attachements insécurisants (évitants, équivoques, désorganisés), qui se manifestent dans les relations adultes. La douleur du « regard » non reçu crée une sorte de déconnexion, et cette déconnexion affecte directement notre capacité à percevoir et à recevoir l’amour véritable, qu’il soit d’une autre personne ou de nous-mêmes.
On peut déplorer, même en silence, des relations qui ne s’établissent pas, sans réaliser alors qu’aucune connexion n’a eu lieu. La prise de conscience « connexion profonde » donne un sens nouveau à tout notre parcours et à la nature de notre dysfonctionnement à voir et à recevoir. Elle valide que notre quête d’une autre réalité est en fait la quête de cette connexion profonde qui nous manque. Lorsque quelqu’un nous offre une connexion authentique, cela agit (potentiellement) comme un miroir qui reflète notre propre capacité à aimer, à ressentir et à nous ouvrir. Cela explique pourquoi, le cas échéant, nous pouvons aisément y répondre.
Faisons bien la distinction entre les relations « superficielles », marquées par des attentes, des rôles sociaux (ami, collègue, partenaire), par des transactions émotionnelles ou pratiques, et la connexion profonde, qui ne se base pas sur des attentes mutuelles, mais sur une réponse sincère à la présence de l’autre. La manifestation d’un intérêt ciblé n’est pas l’indicateur d’une connexion profonde. Sans avoir connu autre chose, beaucoup s’y trompent. Les relations superficielles restent cantonnées à des rôles « sociaux » ou à des transactions contrôlées, tandis que la connexion profonde implique de l’authenticité et de la vulnérabilité : être vu et accepté tel que l’on est, au-delà des masques sociaux.
Il peut être difficile de saisir ce qu’est la connexion à soi-même et peut-être plus facile de reconnaître ce qui témoigne d’une non-connexion. Être connecté à soi-même, c’est notamment accueillir sa vulnérabilité, comme se connecter à autrui, c’est notamment se montrer vulnérable. La non-connexion concerne le « moi séparé » et la connexion réelle en est le détachement. Tenter de se connecter à soi ou au « bon » sans la conscience préalable de ce à quoi l’on est déjà connecté maintient les obstacles invisibles. C’est comme essayer de naviguer un bateau sans savoir que l’ancre est toujours au fond. Se connecter à soi-même, c’est notamment se défaire de ses attachements ou « connexions suspectes ».
Plus on est connecté à soi-même, alors en paix et dans l’amour, plus on a accès à son potentiel (par exemple pour moi à la vision sans les yeux). Sans cette connexion, c’est le « moi séparé » qui a le dessus, qui domine, qui est au premier-plan. C’est parce qu’il y a non-connexion à soi qu’il y a tentative de fabriquer du lien, ainsi que des relations en souffrance. La quête plus ou moins compulsionnelle de relations ne dit rien d’autre que la non-connexion à soi-même.
La connexion avec l’autre joue un rôle dans la réceptivité. Il y a un effet miroir : l’engagement sincère dans une relation authentique avec l’autre crée une énergie d’ouverture qui favorise la clarté, car la réceptivité émotionnelle envers l’autre se traduit par une réceptivité intérieure. Les moments de connexion profonde avec autrui nous rappellent notre besoin essentiel de connexion à l’amour, à la paix, à la joie, à la lumière, à la présence. C’est précisément cela, être connecté à soi-même.
Rien de ce qui est écrit ici, comme dans tout ce que je publie, n’est censé créer du trouble. J’accepte toutefois que cela le fasse car il nous faut sortir du déni et aller là où la lumière nous attend. La résistance est mauvaise conseillère. Elle ne cause pas seulement la persistance de notre souffrance, elle l’empire. Il nous faut accepter de nous montrer vulnérables, c’est-à-dire authentiques, d’abord face à nous-mêmes. Très souvent, cela implique de rencontrer de la honte en soi, celle qui pourrait causer le trouble évoqué à l’instant.
Aspirez-vous à vous défaire du poids de la honte ? Alors, invitez la vulnérabilité dans votre vie, non pas comme une fragilité à craindre, parce que la honte vous a malheureusement appris à vous barricader, mais comme une force libératrice. La vulnérabilité permet la capacité ou la disposition à s’exposer émotionnellement, à être ouvert et honnête sur ses pensées, ses sentiments, ses faiblesses, ses peurs et ses incertitudes, même lorsque cela implique un risque de rejet, de critique, de blessure ou de jugement. Gangaji dit : « Être vulnérable demande plus de courage que d’être cynique, fort, ou puissant. Il faut du courage pour être ouvert, innocent et prêt à être blessé. »
La véritable vulnérabilité consiste à reconnaître et accueillir pleinement la part fragile ou blessée en soi. Toute autre manifestation, qu’elle soit passive ou active, relève d’une réaction défensive plutôt que d’une ouverture authentique. Être vulnérable, c’est le fait de se montrer tel que l’on est vraiment, avec ses « faiblesses », sans chercher à se protéger derrière un masque de perfection, de force inébranlable ou d’indifférence.
Contrairement à une idée reçue, la vulnérabilité n’est pas un signe de faiblesse. C’est un acte de puissance immense qui demande d’affronter par exemple de la honte ou la peur d’être blessé. Ce n’est pas un mal que d’avoir peur d’être touché. Mais ce qui fatigue le plus, c’est de faire semblant que rien ne peut nous atteindre. Car tout en nous demande à être rejoint, et non protégé. Être vulnérable, c’est être ouvert, être disposé à apprendre, à changer et à recevoir de l’aide. C’est admettre que l’on n’a pas toutes les réponses et que l’on est prêt à explorer de nouvelles voies.
En résumé, à partir du déni, de l’inconscience ou plus simplement de l’ignorance, nous restons étrangement liés, attachés, nous baignons dans l’incohérence, nous nous privons de la paix, de l’amour, de notre potentiel, de nous-mêmes, Nous sommes « déconnectés »… Or, ce que nous sommes et demeurons n’en est pas affecté. Nous sommes déjà libres, et pour le vivre, retirons nos masques et laissons être notre vulnérabilité. L’image que nous tenons peut-être à présenter de nous-mêmes n’est utile à personne et pour nous-mêmes désastreuse. Sans penser à rien, sachons que le « meilleur » est à notre portée, tout de suite !
• Le fait de se montrer vulnérable, donc de ne pas ou de ne plus se cacher, peut aboutir à une connexion profonde.
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