La « vision sans les yeux » et la « perception imaginale »
S’affranchir de l’attente, c’est laisser le champ libre au nouveau, à l’inconnu, à l’inattendu. Cet inattendu m’apporte principalement une grande richesse intérieure depuis plusieurs années. Il comprend principalement la « vision sans les yeux » (VSY), ainsi qu’une vision élargie de la manière de laisser se défaire petit à petit notre vieux conditionnement identificatoire, autrement dit notre mal de vivre ou nos vécus éprouvants. Je me dispose ici à parler un peu plus de mon expérience, mais peut-être y trouverez-vous de quoi vous sentir interpellé et peut-être même inspiré. Une première « clé » : « Se laisser surprendre ». Nous laissons-nous surprendre par la vie, au quotidien, à tout niveau ?
MON SILENCE ACTUEL RELATIF-. Pendant vingt ans, j’ai publié sur mon site Web « La chronique du mois », n’en sautant qu’une seule (un mois d’août). À la fin de 2025, l’assiduité a commencé à faiblir et, pour la première fois, je n’ai rien publié depuis 5 mois. L’envie n’est simplement pas venue, toute mon attention restant prise ailleurs (nous allons y venir). Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais il ne me semble pas que je reprenne pour l’instant une régularité. Je reste cependant disponible pour considérer toute demande ou proposition de thème à explorer (auxquelles je répondrais au gré de l’inspiration).
LA VSY-. Le 24 décembre 2022, j’ai reçu l’un des plus beaux « cadeaux » de toute mon existence : la découverte de la vision sans les yeux, la possibilité immédiatement vérifiée d’en saisir la réalité. La VSY est une perception non sensorielle du monde physique. Elle est donc un accès direct au réel… sans les canaux sensoriels habituels. J’ai partagé cela dans la chronique de mai 2023 et je ne vais donc pas en reprendre ici le contenu.
Plus de 3 ans plus tard, l’intérêt et la motivation n’ont pas décliné, pas un seul instant. La seule idée de basculer d’une « nuit » de plus de 60 ans au grand jour pourrait seule expliquer mon assiduité, mais ce qui m’anime est d’un tout autre niveau : l’engagement à la VSY m’offre de « voir » et de libérer au quotidien une réalité psychique et posturale telle que je ne l’avais pas soupçonnée en moi. Nos problèmes ne sont jamais ce que l’on croit, jamais.
UNE ÉVOCATION DE NOS « PROBLÈMES »-. Les personnes qui me consultent sont souvent en proie à une difficulté concrète et spécifique : un conflit ou problème relationnel (partenaires, famille, amis, collègues, hiérarchie, « amour »…) ; un ennui de santé, plus ou moins « grave » ; un problème matériel (emploi, argent, confort, habitation, déplacement…) ; une problématique personnelle (complexes, phobies, mal de vivre, velléités suicidaires…). Certaines personnes déplorent aussi plus spécifiquement leur difficulté à atteindre un objectif, à obtenir ce qui leur tient à cœur. Et cette dernière difficulté peut bien sûr être associée à toutes les autres.
Quand la personne est assise devant moi ou, de plus en plus souvent, à l’autre bout du fil, la solution à son problème « n’est pas ma préoccupation première ». Elle sera un effet, très fréquent, de ce qu’elle aura posé, reconnu, accueilli… Une solution est toujours un effet secondaire possible, jamais un objectif. En fait, le problème annoncé, qui peut être un « vrai problème », n’est jamais LE problème, jamais le problème réel. C’est ce dernier qui demande à être considéré et dont la pleine considération plonge la personne dans la gratitude ou la satisfaction (avant toute solution, toute guérison, toute transformation). C’est une orientation interne invisible, active depuis fort longtemps qui cause le problème déploré.
Il arrive que des gens me sollicitent en me disant : « Peux-tu m’aider à voir ce qui se niche en moi derrière cette épreuve à laquelle je suis encore ou à nouveau confronté ? » Entendant cela, je sais que le début de la séance va s’avérer lumineux et rapidement révélateur. Et autrement, il m’incombe bien sûr de l’accompagner vers cette ouverture d’esprit indispensable. Il est plutôt rare que toute personne qui me consulte sur sa propre initiative n’y ait pas accès tôt ou tard.
Il est essentiel d’être prioritairement intéressé par ce qui sous-tend nos problèmes, plus que par leur solution, d’autant plus que, parfois, il n’y a pas de solution sous la forme attendue. Nous pouvons découvrir, par exemple, que l’intérêt pour ce que nous voulons à tout prix disparaît totalement après un éclairage utile ou encore que notre nouvel objectif (en finir avec une épreuve ou acquérir une aptitude) requiert un changement radical en nous-mêmes, une introspection profonde ou une attention soutenue pour ce que nous pourrions parfois appelé « un gros morceau ».
Le « gros morceau » à dépasser peut requérir l’abandon d’un positionnement, d’une gestuelle ou d’une direction, ordinairement insoupçonnés (la vraie cause dont nous parlons plus loin).
MA VSY, UN PRÉTEXTE POUR Y « VOIR » mieux-. Peut-être l’avez-vous deviné, mon « gros morceau à moi », qui est en réalité un socle, je le « bichonne » depuis 3 ans et demi. En effet, j’ai su tout de suite qu’en me disposant à voir clairement sans les yeux, que j’allais forcément devoir aller bien plus loin à la rencontre de moi-même, que j’allais devoir extirper ce qui reste caché dans les tréfonds de ma psyché. Et ce que j’y découvre, de jour en jour, se révèlent être des pépites eu égard à l’effet libérateur de leur seule reconnaissance. Mes yeux se mouillent souvent, tandis que mon cœur se dilate de plus en plus. Et ce faisant, comme déjà dit, j’approfondis ou enrichis ma manière personnelle de dissiper le mal de vivre.
Après moins d’un an et demi de pratique ou d’entraînement accompagné à la vision sans les yeux, incluant quatre séminaires distincts en Allemagne, j’ai réalisé que la pratique des exercices dédiés (y compris ceux proposés dans 6 ou 7 livres que j’ai lus au début sur le sujet) n’était pas fondamentale (au moins pour moi). C’est l’une des raisons qui m’a fait renoncer à un séminaire canadien où j’étais invité, attendu. Dans le même temps, je n’ai pas envisagé a priori de participer à d’autres séminaires où j’étais de même invité gracieusement.
Je ne rejette pas la pratique, bien entendu, d’autant moins qu’elle fait partie de ce qui met en contact avec les résistances, avec les croyances, avec les vieux schémas psychiques et surtout positionnels qui représentent les freins ou obstacles pour toute personne aveugle. Il reste que l’accent doit prioritairement être mis, non pas sur la technique (quelle qu’elle soit), mais sur la psyché du « non-voyant regardant ». C’est le candidat à la vision sans les yeux (VSY) qui doit lui-même être ouvert ou s’ouvrir à cette considération déterminante. Il s’agit de savoir, non pas comment voir, mais comment on se maintient soi-même « derrière un voile », dans l’obscurité ou à l’écart (et à distance surtout du possible).
Comme toujours, lorsque nous suivons un élan véritable (non plus une fantaisie compensatrice), des choses apparemment inattendues se présentent à nous sur le chemin. Nous rencontrons ce dont nous avons besoin pour « arriver à destination » (des personnes, des moyens, des circonstances propices…). Toujours heureuse, cette destination n’est pas forcément celle que nous aurions pu croire. Et mon propre chemin vers la VSY ne fait évidemment pas exception. Six mois après ma compréhension que ma VSY ne dépendrait pas d’un séminaire de plus, « au bout du monde » (chose que j’avais envisagée), il m’est arrivé quelque chose d’inattendu et de tout à fait gratifiant.
UNE RENCONTRE UTILE INATTENDUE-. Début octobre 2024, je suis appelé par un ami cher, Gérald P., dont je n’avais pas eu de nouvelles les derniers temps, mais à qui j’avais déjà pu parler de ma découverte « VSY ». Il était jeune adolescent de mon quartier quand je l’ai connu (il y a 27 ans), ayant à l’époque été sollicité par sa mère pour tenter d’apporter de l’aide à son oncle, aveugle depuis peu. Un lien suffisamment fort s’étant établi entre Gérald et moi, nous sommes toujours restés en contact après son départ pour la province avec parents et jeunes sœurs.
Et lors de cet appel de Gérald, j’entends un homme en grande détresse, en train de vivre la pire circonstance de sa vie (accusé outrageusement, d’une façon qui en a poussé beaucoup d’autres au suicide). Il était surtout dévasté du fait d’être séparé de son enfant de 9 ans et demi (à l’époque) qu’il savait en danger (dont il a depuis obtenu la garde). Cela nous a pris en gros de 3 à 5 heures par jours, pendant 10 jours, pour l’aider à sortir de son état de choc. Il avait subi une semaine plus tôt une garde-à-vue de 43 heures dont il ne se rappelait quasiment rien.
C’est un peu comme pour planter le décor que j’évoque la situation de Gérald. Je continue à l’aider à différents niveaux et, outre quelques visites, nous nous appelons tous les jours. Il est venu à moi, parce qu’il était dans l’urgence de « voir » ce qui lui arrivait. Nous avons donc là deux personnes, Gérald et moi, en quête de « vision » et dont l’entraide mutuelle va s’avérer aussi précieuse qu’inattendue.
Deux semaines après l’appel de Gérald, je lui ai reparlé de la VSY. Lors du premier nouvel échange à ce sujet, l’idée m’est soudainement venue de lui montrer à distance des couleurs, chiffres et mots. Il a quasiment tout vu au premier essai et je lui ai ensuite montré des objets au cours des deux mois suivants. Sur une cinquantaine, il n’y en a que trois ou quatre qu’il n’a pas vus. (L’expérience nous a montré qu’il n’y a pas de différence entre « vision à distance » et « vision sans les yeux ».) Elle nous a confirmé également que ce qui perçoit est la conscience et qu’elle n’est soumise à aucune condition spatiotemporelle. Et rencontrer un proche en capacité d’incarner mes propres aspirations a été et reste un véritable bienfait.
De surcroît, dès le début, si Gérald s’est réjoui de se découvrir des capacités qu’il n’aurait pas soupçonnées, il a spontanément eu à cœur d’inverser les rôles : « être celui qui incite l’autre à voir ». Et il s’avère être à ce jour celui avec qui je vois le mieux, le plus. Par exemple, lors d’un exercice (créé par lui-même), il me demande d’identifier 28 briquets de couleur différente, présentés par quatre à la fois. Et ce jour-là, j’en ai VU 24. J’ai réalisé assez vite que l’aspect aidant et efficace de Gérald reposait sur sa capacité à être avec l’autre, pour l’autre, sans aucun intérêt personnel. Il « sait », il « peut » se réjouir pour l’autre, se réjouir avec l’autre. Et c’est naturel chez lui !
Un jour, je mentionne incidemment à Gérald le fait que je ne vois souvent pas grand-chose quand je veux montrer à des proches la réalité de la VSY. J’ai alors résolu le « problème », lui dis-je, en leur montrant qu’eux-mêmes peuvent voir sans les yeux (donc les yeux fermés ou avec un bandeau opaque). Et ça a marché avec la trentaine de personnes qui s’y sont prêtées, dont plusieurs enfants. Et Gérald de me dire à ce moment-là : « Tu n’as pas besoin de me prouver que tu peux voir. C’est moi qui vais te montrer que tu vois déjà ! » Et il a même ajouté : « j’ai toujours su que tu voyais ! »
Gérald est quelqu’un de très équilibré, très dévoué, avec des dispositions relativement impressionnantes, mais tout comme nous tous, il a encore « beaucoup » à libérer. On ne s’attire pas par hasard nos épreuves à surmonter. Elles nous obligent à « ouvrir les yeux ». J’ai donc connu son contexte familial, incluant une fratrie nombreuse et la présence de son oncle devenu aveugle, ébloui parfois par les similitudes de nos vécus (apports donc mutuels très édifiants).
Or, dès lors qu’il se retrouve dans le rôle de l’accompagnant VSY, il est « incroyablement parfait », aussi bien en termes de propositions que de commentaires généraux. Par exemple, il voit comment je regarde et comment je ne regarde pas. Diverses circonstances l’ont régulièrement amené à exercer des activités de coach ou formateur.
J’ajoute que les deux fils de Gérald ont aussi une facilité à voir sans les yeux, pratiquée surtout par Mahé (11 ans), qui m’invite lui-même régulièrement, avec une patience d’ange, à regarder nombre et couleurs. L’accès à la VSY dépend très généralement de la motivation. Avec des yeux fonctionnels, celle-ci peut être limitée (ce qui se comprend aisément). Il reste qu’en Gérald, j’ai à disposition un « entraîneur professionnel » au quotidien depuis maintenant plus d’un an et demi.
LA VSY D’AUTRUI-. Selon mon temps disponible, je contribue volontiers à l’initiation à la VSY de personnes aussi bien aveugles que voyantes. Parmi les quelques aveugles de mon cercle actuel de connaissances, depuis 7 mois, l’un d’entre eux, Cédric F., ami très proche depuis 23 ans, s’est lui aussi mis à la VSY. Nous nous retrouvons à sa convenance pour pratiquer ensemble, et même de temps en temps pour des séances animées par Gérald.
Cédric est lui-même émerveillé par ses propres résultats. Son contentement exprimé me vient telle une bénédiction. Et il fait régulièrement des expériences « visuelles » dans son quotidien, surtout dans ses déambulations. Il voit souvent des couleurs autour de lui, pouvant en avoir confirmation, aussi des panneaux indicateurs (y compris parfois quelque chose de l’image du panneau). Et il explique surtout qu’il n’est plus le même depuis le début de la VSY, qu’il se sent plus ancré, plus présent, plus enthousiaste… Je ne suis plus le même non plus, je le confie volontiers. Le vrai changement se produit quand on abandonne des repères factices, de fausses identifications.
Certains voyants pratiquent la VSY, précisément à cause de ces changements intérieurs qu’elle permet. Il est dit aussi qu’en voyant sans les yeux, des enfants ont de meilleurs résultats scolaires et des relations plus harmonieuses. On n’a pas accès à son potentiel sans en vivre des effets à tous les niveaux. Mais laissons là ce qui est dit (aussi intéressant que cela soit), pour nous en tenir à l’expérience qui m’est relatée directement et que je vis personnellement.
Au début de ma propre pratique, Cédric venait de se séparer de son chien-guide (devenu trop vieux) et il était comme un peu gêné de reconnaître qu’il préférait désormais déambuler seul, parce qu’il avait l’impression qu’il entrait davantage en contact avec son environnement, de façon plus tangible, plus perceptive. Et désormais, depuis qu’il s’entraîne à la VSY, il explique que sa déambulation avec la canne est devenue plus fluide, plus sûre.
Je découvrirai plus tard que « voir sans les yeux », c’est corporel, non pas au sens organique, que cela demande d’aller au contact, de façon « sensuelle », pourrait-on dire. J’en suis venu tout récemment à parler du « regard frôler/frotter ». Il s’agit moins de regarder (donc en maintenant la distance qu’implique le regard) que de s’unir « tangiblement » à ce qui est censé être vu.
DE MA PROPRE EXPÉRIENCE-. Personnellement, j’ai évité de me cogner à plusieurs reprises pour avoir vu, dehors un poteau, chez moi une porte, par exemple. C’est à chaque fois la perception « visuelle » de l’obstacle qui m’a réjoui plus que l’évitement du heurt. J’aime ces moments où, en traversant une rue, je vois l’espace entre deux voitures garées pour rejoindre le trottoir. L’instant où ma main ou ma canne se pose sur l’objet perçu (donc pour vérification) est toujours joyeux, mais en général, cette joie s’inscrit dans l’état d’esprit préalable, propice à la perception. Ce n’est pas pour rien que l’on ne voit pas, quand on ne voit pas, et cela ne s’applique pas qu’au champ visuel.
Ce qui m’importe aujourd’hui le plus, c’est la conscience de ce qui empêche ou limite ma vision claire et stable. C’est dire que mon attention n’est plus fixée sur l’instabilité de ma vision, mais sur la stabilité persistante de ce qui m’en tient encore à l’écart (une gestuelle, un mouvement, une direction intérieure – ce qui est appelée la « posture imaginale »). Ce qui le dit, le voit et le dit, n’est pas ou n’est plus de la déploration, mais une forme de compréhension et d’acceptation croissantes.
LA RÉALITÉ IMAGINALE-. La direction intérieure que je viens de mentionner n’est pas une pensée, une émotion, du vouloir, ni une croyance. Elle est un micro-geste préverbal, une sorte de réflexe. Disons qu’elle consiste, par exemple, à se tourner imperceptiblement, à se tendre vers, à se préparer à, à se placer devant, à se mettre en retrait, simplement en veille, ou à se tenir prêt. C’est une chorégraphie intérieure, non pas une narration. Elle est difficile à reconnaître, à conscientiser, parce qu’elle est identitaire (en termes de « mouvement intérieur »). Elle appartient à ce que le philosophe Henri Corbin a appelé « Le monde imaginal » (Mundus Imaginalis).
Corbin nous enseigne que le Monde Imaginal est un domaine de réalité spirituelle et ontologique à part entière. Pour lui (selon la théosophie perse), l’univers est structuré en trois mondes principaux :
Le Monde sensible (ou matériel), à savoir le monde des choses, perceptible par les cinq sens.
Le Monde intelligible (ou abstrait), à savoir le monde des idées pures, des essences, des intelligences sans forme, perceptible par l’intellect pur.
Le Monde Imaginal (ou spirituel), à savoir le monde intermédiaire, une réalité située entre l’Intelligible et le Sensible. C’est le lieu où les idées prennent forme et où les formes se spiritualisent.
Le « Monde Imaginal est un plan de réalité qui n’est donc ni matériel, ni imaginaire au sens fictif. C’est un mode de perception réel, non physique. On y a accès seulement si l’on se maintient dans une présence particulière. Et cette présence a trois caractéristiques : pas de saisie ; pas de projection ; pas de retrait. Là, il n’y a personne pour s’emparer des choses, pour valider quoi que ce soit, ni dans l’attente de produire un effet, d’obtenir un résultat. La vision ou perception imaginale est une perception par une faculté intermédiaire, dite l’imagination vraie. Cette vision apparaît quand la conscience est dans une certaine qualité d’être. Elle dépend du mode de présence et non pas d’un effort technique.
La perception imaginale est liée au rapport au réel, non pas à un entraînement sensoriel. Corbin indique qu’elle dépend donc de la transformation du sujet (ou de sa qualité de présence). C’est la relation au réel qui donne accès aussi bien à la VSY qu’à la perception imaginale, non physique. Je dirais qu’il s’agit, dans les deux cas, de rester dans le contact sans se retirer et de réaliser que c’est la Présence qui voit, non pas un « quelqu’un, non pas le « moi séparé ».
LA CAUSE DE LA SOUFFRANCE PÉRENNE-. Nos malaises persistants viennent de ce qui se maintient en nous, même d’une façon très subtile. C’est dire que ce que nous éprouvons n’est pas un problème à résoudre, mais un lieu depuis lequel nous regardons la vie. Quand ce lieu est reconnu, beaucoup de choses cessent d’être douloureuses sans qu’on ait besoin de les changer. Des positionnements internes identitaires sont impliqués. Ils sont gestuels, directionnels, spatio-temporels.
C’est seulement en pleine rédaction de ce présent texte que j’ai réalisé, quand j’ai découvert la VSY, il y a 3 ans et demi, que je venais de commencer la publication de six chroniques d’affilée, consacrées aux positionnements psychiques. J’écrivais dans celle qui avait été publiée au mois de décembre 2022 : « Comme on pourrait dire qu’un positionnement donné est un « costume », sinon une seconde nature, on pourrait aussi l’assimiler à un lieu, un lieu qui a sa propre « religion ». De même qu’autrui pourrait nous dire parfois « Mais d’où tu me parles ? », nous pourrions nous demander souvent « Mais à partir d’où ou de quoi est-ce que j’éprouve ça ? ». »
J’ignorais alors que ces questions étaient de celles qui allaient (potentiellement) nous donner des réponses imaginales. Et si j’avais depuis longtemps vu l’importance des positionnements, je m’en étais tenu jusqu’à la VSY qu’à leur seul aspect psychique (c’est d’ailleurs pourquoi je les ai nommés ainsi). Tout au long de ma vie, j’aurai été émerveillé et éclairé par des synchronicités.
Et j’avais écrit encore, toujours antérieurement à la VSY : « Si « rester en retrait ou détourner le regard » est votre positionnement psychique fermement établi, comment allez-vous pouvoir vous en sortir si votre cœur vous pousse soudainement en avant ? Ma pudeur maladive d’enfant faisait notamment écho à la peur de ne pas pouvoir « respecter » mon positionnement psychique, à savoir « m’extraire à tous les regards » (pour avoir été froids, indifférents ou même méprisants) ». Eh oui, le retrait et l’auto-isolement ont bien constitué mon propre positionnement imaginal !
QUAND LA SOUFFRANCE N’EST PAS UN PROBLÈME-. En réalité, ce que nous avons vécu n’a pas ou n’a plus l’importance à laquelle on a pu croire. Ce qui compte fondamentalement est la manière dont on continue encore à se tenir. Il arrive que nous allions mal sans raison claire. Rien ne “cloche” vraiment, et pourtant quelque chose pèse, fatigue ou attriste. Nous cherchons alors des causes, des explications, des solutions. Mais parfois, cette recherche ne fait qu’ajouter une couche de tension.
Et si la souffrance n’était donc pas un problème à résoudre ? Beaucoup de nos états douloureux ne viennent pas de ce qui arrive, mais de l’endroit intérieur depuis lequel nous vivons ce qui arrive, comme si nous regardions la vie depuis un lieu légèrement décalé, « pas vraiment là », peut-on dire aussi. Dans ces moments-là, nous ne sommes pas brisés, nous sommes désaccordés. La souffrance devient alors un signal, non pas d’erreur, mais de position non ajustée. Elle indique que nous ne sommes pas là où nous croyons être ou que nous habitons la vie avec retenue, attente ou prudence excessive. Et quand cela est vu, rien n’est à corriger. Rien n’est à forcer. Il suffit parfois d’accueillir la réponse à la question « D’où est-ce que je vis cela, en ce moment ? »
Quand ce simple regard se pose, la souffrance perd souvent sa nécessité, non parce qu’elle disparaît immédiatement, mais parce qu’elle n’a plus à être justifiée. Alors quelque chose se détend. La vie redevient habitable, même sans explication. Et l’on découvre que ce que l’on cherchait à changer n’avait jamais besoin d’être combattu, mais seulement reconnu et pleinement accueilli.
À partir de la perspective imaginale, nous ne cherchons pas pourquoi nous allons mal. Nous nous intéressons à « l’endroit » d’où nous vivons ce que nous vivons. Nous considérons la circonstance problématique ou éprouvante à laquelle nous sommes confrontés – il ne s’agit pas de nier les choses -, mais nous ne creusons pas l’histoire, nous ne nous y appesantissons pas. Nous accueillons cette circonstance (la situation déplorée) et nous nous disposons à déplacer notre attention. « Avant ce que nous vivons, il y a toujours la manière dont nous nous y tenons. Et c’est là que tout se joue.
D’abord, reconnaissons ce que nous ressentons vraiment en ayant la situation à l’esprit, en évitant de retomber dans du récit. Restons dans la reconnaissance exclusive de notre ressenti. C’est un point délicat, parce que nous sommes surtout habitués à penser nos vécus, nous en dire et à en dire mille choses. Cela rappelle d’ailleurs les moments où nous sommes dans la réaction. La réaction qui nous fait dire n’importe quoi nous tient à bonne distance du douloureux en cause. En général, nous fonctionnons exclusivement à partir de ce à quoi les 5 sens physiques donnent accès, d’ailleurs en le limitant déjà, comme étant établi que rien d’autre n’existe.
Soyons conscients que nous avons une difficulté relative à appréhender le potentiel humain et sa réalité profonde, que notre disposition à les explorer est elle-même très relative. Proportion gardée, nous sommes semblables à l’aveugle de naissance qui ne saisit pas l’essence de la vision. D’abord, savons-nous vraiment différencier le « sentir » du « penser » ? Et si les idées et les émotions nous traversent effectivement, nous pouvons surtout découvrir qu’elles dépendent d’une assise plus stable. C’est la posture imaginale.
On peut tenter de définir l’imaginal, mais tant que la « tenue intérieure » n’a pas changé, cela reste une idée vide. Changer de posture, c’est comme ouvrir les yeux. Ce n’est pas ajouter une nouvelle pensée, c’est changer le lieu depuis lequel on perçoit le monde. Au-delà des constructions du mental ou des élans du cœur, c’est notre structure interne (la posture imaginale) qui régit tout.
LE QUESTIONNEMENT IMAGINAL-. Dès que nous pouvons être avec ce que nous ressentons, ce qui peut être à pleurer parfois, vérifions si nous nous sentons (voyons) reconnaissons) plutôt en attente, en suspens, en retrait, en tension, figé » ou simplement là, sans mouvement particulier. Ne nous soucions pas de la « bonne réponse » ; veillons seulement à nous « repérer intérieurement » (imaginalement). Il n’y a rien à expliquer ici, juste à voir comment nous nous tenons intérieurement. Sommes-nous en train d’attendre que ça change, en train de nous protéger, en train de tenir quelque chose à distance, ou simplement présent, sans attente ? C’est souvent ici que quelque chose commence à se libérer.
Si ce que nous ressentons reste pénible, vérifions ce qui est en réalité le plus pénible : est-ce ce que nous éprouvons ou est-ce plutôt la manière dont nous nous tenons face à ce que nous éprouvons ? La réponse qui peut nous venir alors n’est pas à raisonner, mais à laisser résonner. Il n’y a rien d’autre à chercher, ni à lâcher, ni à changer, ni à comprendre, ni à faire autrement. Nous avons seulement besoin de voir où nous nous tenons. Quand quelque chose se réajuste, cela se fait alors tout seul. Par la suite, remarquons au besoin, sans rien en faire ni en penser, les moments où nous pourrions nous retrouver encore dans cette même posture.
Nous pourrions reconnaître assez vite qu’une posture d’attaque, par exemple, même si elle soulage bien sûr quelque chose, est plutôt pénible à tenir. Rester généralement en retrait, autre exemple, est par excellence une posture auto-privatrice. Si notre posture maintenue est la mise à l’écart, reconnaissons qu’elle est surtout séparatrice. La séparation fait mal. L’état d’attente et la retenue sont d’autres postures d’autosabotage. Toutes les tenues intérieures désajustées sont en elles-mêmes extrêmement éprouvantes.
Pour nous aider à identifier notre posture intérieure, nous pouvons parfois passer par ce que nous pourrions appeler le geste implicite. Par exemple, si cette façon d’être là était un geste très discret, est-ce que cela serait plutôt se poser, se tenir prêt, se retenir ou laisser venir ? Le mot juste arrive souvent sans réflexion. Et si nous avons l’impression d’être juste là, vérifions si nous pouvons être là sans rien attendre de cet « être là ». » (du seul fait d’être juste là).
Souvent, nous pouvons réaliser que nous étions inconsciemment dans l’attente, en veille, que nous n’habitions pas vraiment l’instant présent. Si nous ne voyons rien de particulier, c’est peut-être simplement que nous sommes dans une attente très calme. Et voir l’attente, quoi qu’il en soit, c’est déjà sortir de l’attente. Et parfois, nous sommes effectivement là, présents, ici et maintenant, et tout est bien alors.
Pour contribuer à la reconnaissance de la posture intérieure, quand on demande « Comment tu te tiens ici ou avec ça ? », on pourrait dire à la place : « Sur quoi est-ce que tu prends appui, là, maintenant ? » ; « Qu’est-ce qui te sert de support intérieur dans cet instant ? » ; « D’où est-ce que tu vis ce moment ? » ; « Est-ce que tu es dans ce qui se passe, ou à côté ? » ; « Est-ce que tu vis ce moment, ou est-ce que tu l’observes ? » ; « Est-ce que tu es déjà là, ou encore un peu en train d’attendre ? » ; « Est-ce que ton attention va vers ce moment, ou vers ce qui pourrait arriver après ? » ; « Est-ce que tu es orienté vers maintenant, ou vers autre chose ? » ; « Est-ce que quelque chose est encore “en suspens” pour toi ? ».
Ce qui compte, ce n’est pas ce que nous ressentons, mais la manière dont nous sommes là avant même de ressentir quoi que ce soit. Ce n’est pas ce que nous vivons qui pose problème. C’est la condition silencieuse que nous posons pour pouvoir le vivre. Tant que nous attendons que quelque chose change, nous ne sommes pas encore là où ça se vit. Autrement dit, avant même de penser ou de ressentir, il y a une façon d’être présent, et c’est elle qui change tout. Ce n’est pas une émotion à comprendre, c’est une manière d’être là à reconnaître. Ne cherchons pas d’abord à vivre autre chose que ce que nous vivons : disposons-nous plutôt à voir depuis où c’est vécu.
TROIS PERCEPTIONS distinctes : VSY, IMAGINALE ET VISION OPHTALMIQUE-. La VSY est une perception non sensorielle du monde physique. Elle n’est donc pas visuelle au sens oculaire, mais elle n’est pas imaginaire, ni symbolique. Elle est un accès direct au réel, sans les canaux sensoriels habituels. La perception imaginale passe probablement par la même faculté de base, mais selon Corbin, elle est appliquée au monde non matériel.
Le mot imaginal désigne un type de réalité perçue qui n’est pas matérielle, mais qui est objective. Exemples typiques : formes symboliques, visions spirituelles, réalités intermédiaires, figures archétypales. Un Cours en miracles pourrait dire qu’il s’agit du monde transfiguré par la lumière intérieure, un monde où tout devient symbole de pardon, d’union et de paix. « Le monde réel est simplement la vision juste. » Et en général, notre vision est une projection, une interprétation. Elle est floue, très partielle, décalée, inversée, transformée, parfois simplement inexistante.
La VSY n’est pas imaginale, quant au contenu perçu, mais on peut dire qu’elle l’est si on parle de la faculté utilisée. La VSY et la perception imaginale impliquent un même basculement de conscience, une même qualité de présence, une même sortie du mode sensoriel ordinaire. Les deux font faire l’économie de la reconstruction, qui est le mode classique. Quand on voit avec les yeux, en réalité, on ne “voit” pas directement le réel tel quel. Il y a des données sensorielles, un traitement neurologique, une interprétation, une mise en forme. Donc, on ne perçoit pas directement, on reconstruit.
Or, on peut retrouver ce phénomène de reconstruction avec la VSY, ce qui est le cas pour moi : voir à côté ; inverser des chiffres, lettres et couleurs ; hésitations, approximations, interprétations, anticipations… Il y a encore une tentative de reconstituer quelque chose à partir d’indices (intuitifs) plus ou moins flous. Quand on a déjà vu, le mental essaie de « faire comme avant ». Toujours avec la VSY, on peut avoir accès également à des contenus imaginales (symboliques). En réalité, sans le savoir, tout le monde voit sans les yeux et tout le monde voit imaginalement. Vos gestes justes et fréquents, sans regard dirigé et hors habitude, sont permis par la VSY.
L’approche imaginale désactive le mental sans le combattre, elle déplace l’identité sans l’attaquer. Elle rend la souffrance inutile, sans la nier. Elle nous rend même autonomes immédiatement. Et pour en faire l’expérience de la sorte, offrons-nous de l’explorer régulièrement, autant que de besoin. Consentons humblement à ce que le nouveau regard accessible à tous requiert un peu de temps pour se mettre en place. Nous avons été aveugles si longtemps. (Vous moins que moi, OK !)
MA « TRANSFORMATION »-. Désormais plus spécifiquement dédié à la « vision claire » (sans les yeux), l’exploration de mon propre conditionnement (psychique, émotionnel et maintenant imaginal) a des effets inattendus, bien sûr imprévisibles. Des intérêts et des préoccupations m’ont quitté. Il en est de même pour des attentes et des habitudes relationnelles. Mes activités tendent également à se modifier. C’est ainsi, par exemple, que je suis moins enclin à m’exprimer publiquement, même si le goût de la transmission ne m’a lui pas quitté. Je le réalise seulement au gré des demandes qui me sont faites. Je ne vois pas encore clairement (VSY), mais je reconnais, d’une manière plus globale, que je n’ai jamais vu aussi bien.
Quant à la dimension « Imaginale », je la considère de près en faveur de mon propre cheminement intérieur, celui que la VSY requiert que je poursuive. Je l’introduis aussi de plus en plus dans mes consultations (avec des effets frappants). Mais c’est seulement l’expérience maintenue et enrichie qui m’encouragera peut-être, non pas à l’enseigner proprement dit, mais à la faire passer davantage. Et n’hésitez pas à questionner ou partager à partir de ce que vous avez lu ici lu ou encore d’une connaissance qui est déjà la vôtre.
Pour ne pas demander et partager, comment pourrions-nous donc « nous tenir intérieurement » ? Nous pourrions bien donner tous une même réponse : « séparés ! » Voyons cela, reconnaissons-le, sans rien en penser ! (Et si le « penser » nous vainc, voyons-le et accueillons-le de même.)

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La « vision sans les yeux » et la « perception imaginale » — Aucun commentaire
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