« J’ai envie… », ou l’envie à chérir
Comme le montre le titre de la chronique, nous abordons ici un thème plutôt inhabituel. Laissez-vous surprendre et peut-être inspirer. Et pour entrer sans tarder dans le vif du sujet, avant de lire plus loin, demandez-vous quand ou en quelles circonstances vous avez envie, vous êtes avec « j’ai envie », quand vous vous le dites et même l’exprimer à d’autres. Notez-le, je ne mentionne pas au préalable une chose ou une autre dont vous pouvez avoir envie. Ici, l’attention est mise sur le seul fait d’avoir envie. Alors, quelle est votre propre expérience de l’envie ressentie ? Prenez quelques secondes pour au moins saisir quelques impressions même subtiles.
Disons d’abord que nous faisons tous l’expérience de ce que nous allons appeler l’envie véritable, sans même forcément nous en rendre compte. Nous faisons quotidiennement bien des choses, sans nous poser de questions, juste parce que nous en avons envie. Cette envie surgit et nous la suivons, jusqu’à en être satisfaits, sans avoir à le relever particulièrement. Pourquoi, alors avec un certain sourire ou une certaine détente, est-ce que nous nous levons le matin ? (Laissons ici de côté les fois ou ceux pour qui le lever est difficile.) Pourquoi nous préparons-nous un thé ou un café ? Pourquoi faisons-nous un câlin à l’autre, à nos enfants, au chat ou au chien ? Pourquoi tout cela et bien d’autres choses ? Juste parce que nous en avons envie !
Oh, les exemples que je prends peuvent ne pas s’appliquer à vous, mais il vous appartiendrait de trouver les vôtres ! Et tiens, pourquoi lisez-vous cette chronique dans l’instant ? Et pourquoi est-ce que je me suis moi-même mis à l’écrire ? Oui, vous savez la réponse, il n’y en a pas d’autre. Et maintenant, si l’on nous demande « de quoi as-tu envie », c’est là où des choses intéressantes peuvent se révéler. D’ailleurs, permettez-vous qu’une telle question puisse vous être posée ? Il peut y avoir en nous une rigidité telle qu’il ne viendrait pas à notre entourage de nous poser certaines questions.
Bon, malgré la période propice, je ne vais pas vous demander de quoi vous avez envie pour Noël (en termes de cadeaux) ! Vous « avez bien le droit » d’avoir abandonné ce qui appartient à l’enfance. Non ? OK ! En plus ou en revanche, vous pourriez avoir à reconnaître des envies quant à ce que vous pourriez faire ou ceux que vous pourriez rencontrer pendant vos congés de fêtes éventuels. Quoi qu’il en soit, vérifiez ce qui se passe en vous, même très subtilement, en entendant la question : « De quoi as-tu envie ? » Entendez-la maintenant !
SE LAISSER ALLER À SES ENVIES-. Toutes proportions gardées, « se laisser aller d’une manière générale » n’est pas l’apanage de tout le monde. En fait, se laisser aller, c’est exclusivement suivre ses envies. Commencez-vous à « recevoir » quelque chose ? Considérez-vous que vous vous laissez toujours aller ? Et quant aux « bonnes raisons » que vous pourriez vous donner pour n’en rien faire, êtes-vous sûrs qu’elles soient objectivement toujours défendables ? En fait, l’idée même de nous laisser aller peut, au moins en certaines circonstances, ne même plus nous venir.
Nous y reviendrons, mais comprenez déjà que je ne parle pas ici de nos éventuels caprices, exigences ou autres fantasmes. Si vous ne vous permettez pas de dire « non », par exemple, alors que votre cœur vous soufflerait ce « non », vous avez indéniablement une difficulté à vous laisser aller. Et nous pourrions dire que se laisser aller est un « besoin naturel, ontologique », un besoin inhérent à notre nature profonde. Avoir « envie », c’est « être « en vie ». Le fait de ne pas répondre à ce besoin explique à lui seul notre mal de vivre. Personne ne peut jamais se retenir et se sentir bien. Il s’agit là de l’alignement entre ce que nous sommes profondément et l’action extérieure, toutes nos interactions.
CE QUE L’ENVIE VITALE N’EST PAS-. L’envie évoquée ici n’est pas celle de « l’envieux », du « dévalorisé » qui passe lui d’une envie à l’autre, de la même manière que le « rejeté » fait des caprices ou fait sa Diva. « Avoir envie » ne signifie pas « vouloir ». Bien sûr, on peut dire ou se dire « j’ai envie », alors qu’en réalité, par exemple, on veut, espère, jalouse, exige… Lorsqu’il y a de la revendication ou de la justification, l’envie réelle, profonde n’est pas concernée. Le vouloir est un langage mental ; celui de l’envie vraie appartient au cœur.
Tous nos schémas psychiques ou « directionnels » s’expliquent et se dépassent. Nous ne devrions pas nous condamner d’en être le siège. Cependant, il est essentiel de les identifier pour ce qu’ils sont réellement. Un schéma directionnel est celui qui, sur le plan d’abord subtil ou énergétique, nous laisse en décalage. L’envie vraie reconnue « nous place au bon endroit », là où nous nous sentons simplement bien. L’expérience dynamisante d’une envie soudainement reconnue n’implique en rien ce que nous allons en faire, pouvoir ou non en faire. Par contre, elle l’inspire de façon tout à fait féconde, réjouissante.
QU’EST-CE QUE L’ENVIE VRAIE, NON COMPENSATRICE ?-. C’est celle qui vous fait bouger, qui vous anime joyeusement lorsqu’elle se fait sentir et que vous ne lui opposez aucune retenue. L’intensité de l’expérience est proportionnelle à la place que vous lui faites, à l’importance que vous lui accordez. C’est ce « sentir » qui vous dynamise. Ce n’est pas ce que vous en pensez. Nous l’avons déjà relevé, le penser est réservé au « vouloir » sous toutes ses formes (rêver, reluquer, convoiter, prétendre, fantasmer, attendre…). L’envie cordiale met en mouvement et le « vouloir » nous fait stagner ou, parfois, faire un peu n’importe quoi pour arriver à nos fins.
L’envie véritable est le besoin intérieur profond et authentique de l’Être (que nous sommes) de s’exprimer, de croître ou de s’aligner sur sa direction essentielle. Elle est « directionnelle » par nature, comme dirait Henry Corbin (dont j’ai récemment découvert à ma mesure les enseignements). Sur le plan énergétique, cette envie peut être associée à une montée d’énergie ou à un mouvement vers l’avant, ce que nous pouvons reconnaître assez aisément en y prêtant attention.
Le « j’ai envie » a son propre mouvement. Il peut se manifester par une sensation physique de légèreté, de traction intérieure ou d’élan non forcé. On se sent tiré vers l’objectif plutôt que de devoir se pousser par la volonté, le vouloir (ce qui générerait de la résistance). Une sensation d’ouverture au niveau du thorax et de la gorge permet une respiration plus profonde et plus ample. C’est le sentiment que l’espace intérieur est suffisant pour accueillir l’idée ou l’action. Il y a émergence d’une énergie concentrée qui n’est pas de l’agitation nerveuse, mais de la focalisation sereine. L’effort serait perçu comme nourrissant plutôt qu’épuisant, mais l’idée même d’un effort est alors absente.
Avec l’envie véritable reconnue, accueillie, il y a une sensation de justesse, comme si quelque chose « résonnait » au plus profond de nous. C’est la certitude que cette chose est notre place ou notre prochaine étape, non pas légitime, mais tout à fait naturelle. Bien qu’elle soit énergétique, l’envie véritable s’accompagne d’une calme assurance. Elle méconnaît l’urgence, parce qu’elle sait qu’elle est vraie. Elle n’a pas besoin de validation (contrairement à l’envie égoïque, qui est impatiente et veut prouver). On pourrait dire que l’envie véritable est une expérience qui se suffit à elle-même, même si, bien entendu, ses effets parlent encore d’harmonie.
Maintenant, jouez un peu plus (un moment) avec la seule expression « j’ai envie », sans même y plaquer un objet. Vous n’êtes pas encore avec l’envie dont il est ici question si vous y mêlez diverses considérations, surtout avec l’attention immédiatement maintenue sur la chose ciblée. Mais invitez-vous à poursuivre l’exploration, jusqu’à laisser naître en vous – en fait laisser se dévoiler – le « j’ai envie » qui vous égaie, qui suscite votre sourire. Envisagez au moins que celui-ci puisse bien demeurer en vous. Soyez-en sûrs, ai-je même envie d’ajouter ! Vous êtes cette envie même, parce que vous êtes la Vie.
Si cela vous est possible, rappelez-vous un moment où un « j’ai envie » (OK de ceci ou de cela) a surgi soudainement, a pu comme presque vous surprendre. Et repérez alors, sans rien savoir encore de la faisabilité de la chose, combien ce « j’ai envie » était bon. Parfois, juste à ce moment-là, on peut se sentir plein de joie et d’amour. Et si vous deviez découvrir ici que j’évoque une expérience qui vous est inconnue, voyez-le simplement. Simplement, ouvrez-vous à la possibilité d’accéder doucement à une nouvelle réalité. Nous pourrons toujours voir plus, recevoir plus : « voir » = « recevoir.
DES FREINS À L’ENVIE « LÉGITIME »-. Comme nous l’avons dit, l’envie n’est pas le vouloir. Cette seule compréhension permet un basculement d’une rare clarté. Depuis toujours, nous avions mis « avoir envie » dans le même sac que vouloir, désirer, espérer, exiger… C’est ce que fait tout être qui fait très tôt l’expérience de la privation. C’est la confusion intégrée de la pulsion du vivant avec le mouvement crispé du manque. (Et ce fut ma propre expérience infantile spécifique.)
Très longtemps, nous n’avons pas accès à notre « j’ai envie », parce que la privation l’a recouvert de suspicion, comme s’il était dangereux, honteux, naïf, coupable, non conforme ou voué à l’échec. Maintenant, séparer les deux, c’est une transformation radicale. Cela change tout. L’envie est le mouvement naturel du vivant. Elle ne demande rien, elle ne saisit rien, elle n’attend rien. Elle dit seulement : « Je suis vivant et je peux volontiers me tourner dans cette direction. » C’est tendre, ouvert, naturel, sans tension.
Le « vouloir » tient un tout autre discours : « Il faut que j’obtienne ceci, absolument, sinon je reste dans le manque ou j’y retombe. » Là, c’est crispé, contracté, orienté vers le futur, chargé d’histoire. Il est essentiel de voir l’écart entre l’envie (présentée dans ces pages) et le « vouloir » qui nous mobilise au quotidien. C’est en nous reconnectant à nos envies profondes que, doucement, nous laisserons tomber le « vouloir ».
Personnellement, j’ai ri en réalisant tout ce dont je m’étais privé, juste en ayant jugé mes « j’ai envie », en les ayant jugés mal, en les ayant retenus et même étouffés. Là, j’ai touché le cœur même de la privation si souvent déplorée. Ce n’était pas la privation extérieure qui m’avait le plus profondément blessé, mais c’était la privation intérieure, l’auto-privation, celle qui m’empêchait ou m’interdisait d’avoir envie, sans immédiatement passer au vouloir crispé ou au retrait honteux. Alors, qu’en a-t-il été pour vous-même ?
Nous avons été mal, nous avons souffert, non pas à cause de ce que nous avons vécu, mais du fait de nous être séparés en réponse. Nous pouvons réaliser que tout le monde ne réagit pas de la même façon face à une même circonstance « incriminable ». Quand les enfants d’une fratrie sont traités pareillement par leurs parents, plus ou moins mal, on pourrait souvent remarquer qu’ils n’adoptent pas la même « réponse définitive ». On baisse les bras, on s’effondre ; on se retire, on se met à l’écart ; on se précipite, on fait du forcing… Dans tous les cas, on prend une direction qui nous sépare, qui parle de séparation.
DES CONSÉQUENCES AU « J’AI ENVIE » IGNORÉ OU NÉGLIGÉ-. Ne pas reconnaître ou ne pas écouter nos « j’ai envie » véritables entraîne des conséquences généralement insoupçonnées mais toujours âprement endurées. Un premier signe du décalage entre ce que le cœur souffle et ce que la tête répond est une perte de vitalité et l’apparition d’états d’âme négatifs. Ce décalage peut être considéré comme la cause principale d’un mal-être sournois ou d’une insatisfaction chronique. L’insatisfaction n’est plus alors seulement liée à un événement précis, mais elle est devenue un état constant de fond. C’est le sentiment que « quelque chose manque » ou que la vie n’est pas « la nôtre », sans pouvoir identifier la cause exacte.
Dépenser notre énergie à accomplir des tâches ou à suivre des chemins qui ne résonnent pas avec « notre » cœur est extrêmement coûteux. Cela mène à la fatigue, au découragement et, au pire, à un état de grande souffrance. La vraie envie refoulée finit par générer une tension interne. L’anxiété peut surgir face au temps qui passe sans action, sans jamais rien envisager qui soit vraiment pour nous. L’ignorance ou la trahison de notre potentiel ou de notre vérité intérieure accumule du regret et un ressenti douloureux de privation (perpétuée).
Notons enfin que faire fi de notre « j’ai envie » témoigne aussi d’un manque d’authenticité. Et l’inauthenticité affectent la relation à nous-mêmes et au monde. De la sorte, nous jouons des rôles, nous nous prenons pour ce que nous ne sommes pas, restons identifiés à l’image fausse que nous tenons à exposer. Nous vivons une vie qui, vue de l’extérieur, semble bonne, mais qui, de l’intérieur, est vide. Cela aboutit à un sentiment de solitude profonde et de séparation avec les autres, parce que nous n’exposons jamais notre véritable essence, ni notre vulnérabilité. En fin de compte, ne pas suivre notre envie vitale, ne jamais nous laisser pleinement aller, c’est choisir un chemin qui mène à la réduction de l’être plutôt qu’à son expansion.
LE « J’AI ENVIE » RECONNU LIBÉRATEUR-. Le fait de nous laisser aller à l’écoute de nos « j’ai envie » (plutôt que de résister ou de nous censurer) enclenche un processus de transformation et d’alignement (voir un peu plus bas ma propre expérience). Ce qui se passe n’est pas une simple amélioration psychologique, mais un changement directionnel de notre mode d’être. À mesure que les résistances s’effondrent, l’Être se repositionne de manière plus cohérente. L’alignement entre l’aspiration du cœur et l’action concrète se traduit par une paix intérieure et une certitude que nous sommes exactement là où nous devons être, même si le chemin peut parfois sembler difficile.
En cessant doucement de faire semblant, nous commençons à vivre à partir de notre « moi non séparé » (notre essence). Cela renforce nos relations, car les autres interagissent désormais avec notre vérité, et non plus avec une image identificatoire créée par la peur. Même l’univers semble « coopérer ». L’écoute du cœur nous oriente vers les « bonnes personnes », les bonnes ressources et ce qui correspond à notre nouvelle direction. C’est l’impression que la vie devient fluide et les « hasards » heureux se multiplient.
Nous laisser aller à nos envies véritables signifie cesser de croire que nous n’avons pas le droit ou le mérite de recevoir (le « meilleur » (succès, joie, amour, abondance…), sans honte ni culpabilité. L’action n’est plus un moyen de survivre ou d’obtenir la validation, mais seulement l’expression de la vocation profonde. Chaque jour a un sens directionnel clair, ce qui rend l’expérience de la vie plus riche et plus significative. L’écoute du cœur change non seulement notre perception, mais aussi notre impact sur le monde. En étant aligné, nous ne créons plus de résistance, mais du mouvement constructif autour de nous. En bref, vous laisser aller à vos envies véritables mène à la réconciliation entre votre « moi réel » et l’action, débloquant l’énergie nécessaire pour vivre une vie pleine et authentique.
Et pour conclure cette chronique, où je fais juste une fois de plus allusion au « vouloir », d’une manière cette fois toute différente, « j’ai envie » de formuler ce qui va suivre. Il y a maintenant vingt ans révolus que je publie chaque mois une nouvelle chronique, toujours selon l’inspiration du moment. Il est arrivé que l’inspiration m’en dictent une série en peu de temps, me permettant ainsi d’avoir de l’avance par rapport à chaque rendez-vous mensuel.
Or, désormais, il se peut que je devienne plus discret, effet manifeste de ma disposition à voir sans les yeux. Non seulement ma motivation n’a pas faibli, depuis le début, depuis trois ans, mais elle n’a jamais cessé de croître. Ce sont les prises de conscience et effets libérateurs successifs, occasionnés par la pratique et l’exploration de la vision sans les yeux, qui nourrissent cette motivation, bien plus encore que les expériences « visuelles » pourtant saisissantes. Je ne fais que suivre ou même honorer ma propre envie, rester dans le « j’ai envie » comme je ne l’avais peut-être jamais fait jusque-là. Cela bouscule sans surprise jusqu’à mon fonctionnement ordinaire, sans annoncer ce qu’il sera demain.
Et suivre notre propre chemin – je le réalise juste une fois de plus – est précisément ce dont nous avons besoin pour nous réharmoniser, nous réaligner, en laissant ce faisant le passé derrière nous, lequel nous avait laissé avec des attentes qui n’ont plus aujourd’hui aucun sens. En comprenant que se laisser aller, se laisser aller à ses envies « inspirées », c’est d’abord et surtout « se faire plaisir », je vous invite à vous faire le cadeau d’aller à la rencontre de votre propre envie profonde, celle à laquelle vous n’avez pas encore répondu.

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